Robert Nozick:Anarchie, Etat et utopie

De Catallaxia
Robert Nozick
1938-2002
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Auteur minarchiste
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« L'imposition est sur un pied d'égalité avec les travaux forcés. »
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Robert Nozick:Anarchie, Etat et utopie
Anarchie, Etat et utopie


Anonyme
Pierre Lemieux


Extrait de L'anarcho-capitalisme, Paris, Presses Universitaires de France (Que sais-je? no 2406), 1988, p. 71-82, reproduit avec l'autorisation de l'auteur.

L'idée lockéenne des droits individuels absolus peut être explicitée et poussée plus loin. C'est ce qu'a fait le Pr Robert Nozick dans son ouvrage Anarchy, State and Utopia (1974), qui déborde et dépasse la doctrine de Locke mais s'y rattache de plusieurs manières. Le philosophe de l'Université Harvard propose une théorie des droits individuels qui est cohérente avec l'anarcho-capitalisme, bien que certains de ses développements serviront plutôt à justifier un Etat minimal. La première phrase de Anarchy, State and Utopia est révélatrice : « Les individus ont des droits, et il y a des choses que personne ni aucun groupe ne peut leur faire subir (sans violer leurs droits). »

L'existence des droits individuels.

L'éthique comprend l'ensemble des règles, obligatoires ou non, qui doivent gouverner les relations interindividuelles. La philosophie politique forme le sous-ensemble de l'éthique qui définit les droits individuels, c'est-à-dire des règles obligatoires (i.e. à imposer par la force) dans les relations interindividuelles. Comme les libéraux, les anarcho-capitalistes insistent sur cette distinction entre le droit, qui dit les règles morales légitimement imposables par la force, et l'éthique, qui contient aussi des normes non obligatoires.

Pourquoi les individus ont-ils des droits ? Premièrement, les droits découlent de l'individualité de l'existence humaine, ils "reflètent le fait de nos existences séparées". Chaque individu a une existence séparée, chacun n'a qu'une vie, que sa vie, à vivre. Il est donc absurde de mettre les vies individuelles en balance afin d'atteindre un mythique « plus grand bien social ». Comme il n'y a d'existant que des individus, eux seuls comptent moralement, eux seuls ont des droits.

Deuxième fait fondateur des droits individuels (qui n'est pas sans relation avec le premier) : chaque individu veut naturellememt donner un sens à sa vie et il est le seul capable de le faire. Ce qui compte dans la vie, au-delà de l'expérience, se rapporte à « cette fugace et difficile notion qu'est le sens de la vie ». « Cette notion, écrit Nozick, a l'allure qu'il faut pour servir à jeter un pont sur la dichotomie entre ce qui est et ce qui doit être ; elle semble appropriée pour chevaucher les deux. » Parce que l'existence humaine est inséparable du sens donné par l'individu à sa vie, le fait de son existence porte en lui-même la valeur qu'est le droit à son épanouissement.

Pour démontrer la proposition que « certaines choses importent dans notre vie au-delà de l'expérience », Nozick imagine une machine à expériences qui permettrait à tout individu, en branchant des électrodes à son cerveau, d'avoir la sensation de vivre les expériences qu'il veut : faire l'amour, écrire un roman, avoir un ami, etc. Un individu

pourrait se brancher sur la machine pour une période de temps déterminée et programmer les expériences qu'il veut vivre. Or, n'est-il pas vrai que la plupart des individus refuseraient de passer leur vie branchés sur la machine à expériences ? Pourquoi ? D'abord, suggère Nozick, nous voulons non seulement ressentir des choses mais les faire ; le plaisir de la sensation vient en partie de notre certitude qu'elle correspond à une expérience vécue. Savoir que je ressentirai ou que j'ai ressenti exactement ce que serait l'amour avec telle femme n'est pas la même chose que de savoir que je ferai réellement ou que j'ai vraiment fait l'amour avec elle. Ensuite, nous voulons non seulement faire des choses mais aussi être, être telle sorte de personne. Enfin, la machine à expériences nous limiterait à ce que l'on peut présentement imaginer comme expériences, elle ne permettrait pas d'explorer la réalité pour découvrir des expériences inédites. Et même une machine plus complexe qui transformerait l'individu en ce qu'il voudrait être ou qui ferait pour lui ce qu'il veut réaliser dans le monde ne suffirait pas à remplacer notre désir de « vivre (un verbe au mode actif) nous-mêmes, dans la réalité ».

La troisième justification des droits individuels relève de l'idée kantienne de l'inviolabilité de l'individu. Pour Nozick, les droits individuels (qui sont inséparables de l'existence et de l'épanouissement humains) ne peuvent être conçus que comme des contraintes strictes limitant ce qu'on peut faire à un individu et à sa propriété. Les droits n'établissent pas un résultat final (« end state »), un objectif ou une fonction à maximiser ou à minimiser (du genre : minimiser le total net des violations des droits dans la société), ils représentent plutôt des contraintes à respecter dans nos actions envers autrui, quels que soient les objectifs (personnels) d'optimisation. « Les contraintes imposées à l'action reflètent le principe kantien sous-jacent selon lequel les individus sont des fins et non pas seulement des moyens », écrit Nozick. Les droits comme contraintes sur l'utilisation des autres « expriment l'inviolabilité des autres personnes ». Si ces contraintes ne sont pas absolues, les individus ne sont pas protégés contre ceux qui veulent les utiliser comme de simples outils.

Les droits comme contraintes strictes.

Quelle est la nature de ces contraintes absolues qui délimitent les droits individuels à l'intérieur desquels on est libre de faire ce que l'on veut ? D'abord elles s'appliquent également à tous les individus, les droits individuels sont égaux puisque tous les individus sont des hommes ayant une existence séparée. Cela étant, soutient Nozick, les contraintes protégeant l'individu interdisent formellement la violence, l'agression, la coercition physique ou la menace de l'employer. Mais seuls ces comportements sont interdits. Autrement, il serait impossible de définir des droits égaux et non contradictoires pour tous les individus. Si, par exemple, des actions comme la persuasion ou la publicité empiétaient sur de supposés droits, ceux-ci se trouveraient en perpétuel conflit. L'égalité des droits et leur cohérence, deux propriétés qui impliquent une définition négative des droits comme absence de coercition physique, peuvent aussi être conçues comme des applications de l'exigence kantienne d'universalisation des principes moraux.

Les droits individuels incluent naturellement celui pour un individu de conclure avec autrui tout contrat et tout échange dont chaque partie juge qu'il est à son avantage. L'échange libre n'affectant que les parties en cause, il n'implique aucune coercition, aussi longtemps en tout cas qu'il s'agit d'un « échange productif ». Nozick introduit ici une distinction qui prendra toute son importance dans la question de l'interdiction de certaines formes de concurrence contre l'Etat. Les échanges normaux sont productifs, c'est-à-dire qu'ils résultent en une condition de l'acheteur meilleure que s'il n'avait absolument rien à faire avec le vendeur. Les échanges improductifs, au contraire, ne servent qu'à lever une menace créée par le vendeur (à la limite dans le seul but de vendre son abstention). La coercition ou la vente d'une abstention de violence (« la bourse ou la vie ») font partie des échanges improductifs. Mais ceux-ci ne concernent pas seulement les actions violentes. L'achat auprès de votre voisin de son abstention d'ériger la clôture de six mètres qu'il désirait est un échange productif ; mais cela devient un échange improductif si le voisin en question n'a manifesté son intention que pour pouvoir vous vendre une abstention fantôme. Selon Nozick, le chantage participe de l'échange improductif puisque le vendeur (c'est-à-dire le maître-chanteur) propose à sa victime d'acheter des informations dont la valeur pour l'acheteur approché tient uniquement à l'existence du maitre-chanteur et dont la valeur pour le vendeur tient seulement à sa propre menace de les divulguer. Le test de l'existence d'un échange improductif est que s'il est interdit, au moins une des deux parties à l'échange ne s'en trouvera pas plus mal -- contrairement à un échange normal, qui profite aux deux parties. Cette distinction, qui permettra à l'anarchisme nozickien de se rabattre sur l'Etat, sera vertement critiquée par les anarcho-capitalistes.

La justice comme propriété.

Un droit est une liberté d'agir sans subir la coercition d'autrui. La justice s'identifie au respect des droits individuels. Comme ceux-ci protègent des aires de liberté individuelle, la justice réside dans la liberté. Les droits généraux n'imposent d'obligations que celle, négative, de ne pas interférer par la force dans une activité protégée par un droit. L'exercice des droits généraux engendre des droits particuliers sur des choses auxquelles leurs propriétaires ont dès lors droit (« are entitied to »). L'idée de justice débouche donc sur une théorie de la justice des possessions (« entitlement theory of justice »)

La répartition des possessions est juste si chaque personne a droit aux siennes, si chaque possession est juste. Trois grands principes gouvernent la justice des possessions. Nozick en donne la forme sans en préciser le contenu. Premièrement, une personne qui acquiert une possession en conformité avec le principe de justice dans les acquisitions a droit à cette possession. Deuxièmement, une personne qui acquiert une possession en conformité avec le principe de la justice dans les transferts, auprès de quelqu'un qui y avait déjà droit, y a droit elle-même. La justice de l'ensemble d'une distribution est fonction du respect de ces deux principes dans toutes les étapes de son évolution : « Personne n'a droit a une possession si ce n'est par des applications subséquentes des principes 1 et 2. » Il existe un troisième principe de justice des acquisitions, le principe de correction des injustices passées, qui s'applique quand un des deux principes de base a été violé et qui dicte les réparations à effectuer.

La conception nozickienne de la justice n'est pas systémique, elle repose sur un processus. La liberté détruit nécessairement les systèmes, les « patterns », que l'on veut imposer à la société. Des individus jouissant de possessions légitimes peuvent les transférer à d'autres individus qui ne satisfont pas les exigences du « pattern » de répartition désiré. Soit une répartition D, où les parts de chacun sont réparties selon un principe systémique (égalité, mérite, ou autre). Si les individus sont libres, ils concluront des ententes par lesquelles certains transféreront à d'autres leurs possessions légitimes sous D1 : par exemple, des gens paient (directement ou indirectement) un artiste pour le voir en spectacle. Une nouvelle répartition D2 en découle. Le problème des conceptions systémiques de la justice est qu'elles nient la justice de D2 alors que cette répartition est née légitimement (si on admet la liberté individuelle) de D1 qui était elle-même (par construction) légitime. Dans une société socialiste ou prisonnière de toute autre distribution systémique, des individus voudront travailler en surtemps pour des clients volontaires, d'autres épargneront pour se procurer un bien de production, monter un atelier, une petite usine, etc. On ne peut appliquer de principes de justice systémiques sans interférer continuellement dans la vie des gens pour ramener D2 à D1. Pour le demeurer, une « société socialiste devrait interdire les actes capitalistes entre adultes consentants ».

Alors que les principes usuels de distribution se concentrent sur le droit du receveur, la justice anarcho-capitaliste de Nozick affirme le droit du donneur : « En considérant la répartition des biens, des revenus, etc., [les théories systémiques de la justice] sont des théories de la justice pour le récipiendaire ; elles ignorent complètement le droit qu'une personne peut avoir de donner quelque chose à quelqu'un. » Comme slogan de la répartition des revenus ou autres avantages de la vie, Nozick propose : « De chacun comme il est choisi, à chacun comme il est choisi. »

Les droits généraux sont des droits de faire des choses, de conclure des contrats. De leur exercice découlent des droits de propriété particuliers sur des choses particulières. Personne ne peut réclamer de droit général sur des choses faisant l'objet de droits de propriété particuliers d'autrui. « Les droits particuliers sur les choses remplissent l'espace des droits, ne laissant aucune place pour des droits généraux à des conditions matérielles particulières. » Non seulement la charité forcée n'a-t-elle aucune valeur morale, mais il ne saurait exister d'obligation légale positive envers autrui, de devoir d'assistance à imposer par la force. Ainsi, contrairement aux libertés formelles, les droits sociaux ne sont pas de vrais droits, ils en sont même l'antithèse puisqu'ils exigent l'imposition d'obligations positives qui constituent un viol des droits individuels. L'impôt s'assimile à des travaux forcés. S'il est moralement louable d'aider autrui, cela ne saurait être juridiquement obligatoire et imposé par la force. La justice sociale au sens de redistribution se situe aux antipodes de la véritable justice.

Nozick suggère qu'une théorie adéquate de la justice dans les acquisitions inclura une condition semblable à la proviso lockéenne : chacun possède ce que sa peine et son industrie ont tiré de l'Etat de nature s'il reste aux autres assez de semblables et d'aussi bonnes choses communes. Est illégitime toute appropriation d'une chose qui empêche les autres d'en utiliser de pareilles et réduit pour la peine l'utilité des gens ainsi désavantagés, notamment si elle met leur vie en péril. Ainsi, l'appropriation par un individu du seul puits dans le désert est illégitime s'il demande un prix exagéré pour son eau. Le propriétaire de la seule île dans les parages ne peut refuser à un naufragé d'y aborder. Dans ces cas, les droits de propriété ne sont pas annulés par des considérations utilitaristes, ils sont limités par la théorie même de l'acquisition de la propriété qui les fonde. Cela ne change rien au droit de l'inventeur d'un médicament de le vendre au prix qu'il désire puisque la chose n'aurait pas existé sans lui, que seul son talent est rare et qu'il n'a raréfié l'offre d'aucun des ingrédients utilisés et disponibles à tous. Toutefois, son brevet peut être limité dans le temps afin de ne pas défavoriser ceux qui auraient réalisé indépendamment la même invention plus tard. Nozick croit qu'en général, « le fonctionnement libre d'un système de marché ne contredira pas la proviso lockéenne », puisque les monopoles viennent de privilèges légaux et non pas des processus de la liberté économique. Les agences de police et les tribunaux privés feront respecter la proviso lockéenne dans les rares cas où elle s'appliquera. Par conséquent, la proviso ne fournit pas de justification à l'intervention étatique. Les actifs naturels dont un individu hérite à sa naissance, sa santé, son intelligence, ses talents, font partie de sa personne et il en est le propriétaire absolu. Les individus pas plus que leurs talents naturels ne sont des ressources collectives. Les différences dans les possessions qui découlent de la diversité des actifs naturels sont donc moralement défendables. Les égaliser violerait la propriété privée de la personne. Sur un marché libre, l'exploitation au sens de l'expropriation des fruits du travail est impossible. Contrairement à ce que croyait Marx, la valeur du travail socialement nécessaire ne peut être que déterminée sur le marché. Soit un employé qui touche un salaire inférieur à sa productivité. Si le marché est libre, tout autre employeur rationnel essaiera de le prendre à son emploi quitte à augmenter légèrement son salaire, afin de s'approprier une partie au moins des profits découlant de cet écart salaire-productivité. Comme les employeurs surenchériront sur le salaire de l'employé sous-payé afin d'attirer ou de conserver un collaborateur qui gagne moins qu'il n'apporte à l'entreprise, ce salaire sera haussé jusqu'à la productivité de son récipiendaire. Et il s'agit d'un seul entrepreneur pour amorcer le processus : en embauchant de la main-d'oeuvre plus productive que ce qu'elle reçoit en rémunération, il pourrait réduire le prix de ses produits et attirer à lui toute la clientèle ; ses concurrents seraient obligés de réagir en faisant la même chose. La surenchère sur le salaire du travailleur sous-payé le fera monter. En voulant en profiter, les capitalistes rognent automatiquement l'exploitation. De plus, le salarié peut se lancer en affaires à son propre compte comme artisan ou sous-traitant si sa contribution à la production vaut pour le consommateur davantage qu'il ne gagne en salaire. Si les coûts d'investissement, de risque, de gestion, de transactions et d'entrepreneurship annulent les avantages pour le salarié de traiter plus directement avec le consommateur, c'est que la rémunération des intermédiaires, dont son employeur, est justifiée, qu'il n'est pas exploité tout compte fait.

La démocratie.

Conçue comme liberté collective et règne de la majorité, la démocratie, qui institutionnalise la propriété collective, n'est qu'une forme de l'esclavage. Nozick propose la fable suivante.

Soit un maître possédant 999 esclaves. Devenu plus libéral, il décide de dispenser ses esclaves de tout service direct et les laisse libre de leurs activités à condition qu'ils lui remettent leurs revenus de deux jours sur sept et qu'ils se soumettent aux règlements qu'il édicte pour protéger leur capacité productive. Le maître accepte ensuite que toute décision concernant ses 999 esclaves soit prise à la majorité des voix de ceux-ci, celle de Démocraticus exceptée. Les 998 nouveaux maîtres de Démocraticus décident un jour de lui permettre de participer aux votes quand une égalité des voix se produit. Puis, les 998 accordent à Démocraticus un droit de vote permanent, sachant fort bien que sa voix ne comptera que dans l'éventualité improbable de l'égalité : c'est la démocratie. On ne peut déterminer où, dans ce processus graduel, Démocraticus a cessé d'être esclave. En fait, si son maître a changé, son statut est demeuré le même : il est maintenant l'esclave de la majorité. L'Etat démocratique viole les droits individuels parce qu'il impose aux citoyens un statut d'esclaves de la collectivité c'est-à-dire de l'Etat.

Pour ne violer les droits de personne, l'Etat démocratique devrait se fonder sur une acceptation de l'esclavage. Nozick le démontre au moyen d'une autre fable. Soit des hommes libres qui décident de se constituer individuellement en sociétés par actions et de vendre des parts dans le capital-actions de leur propre personne. Seraient preneurs de ces titres tous ceux qui, pour quelque raison, désirent influencer le comportement d'autrui. Comme une action constitue un titre de propriété conférant le droit de participer au contrôle de la propriété à laquelle elle s'attache, une action dans la personne d'autrui vous donnerait le droit de participer au contrôle de son comportement. Peu de gens voulant se vendre en esclavage d'un seul coup, des droits bien spécifiques s'échangeraient d'abord : certains individus vendraient des actions dans leur droit de décider de qui ils achèteront certains biens et services (ils vendent le droit de réglementation professionnelle et corporatiste que l'Etat s'arroge maintenant), ou dans leur droit d'importer des choses de l'étranger (droit de contrôle des importations et des changes, pouvoir d'établissement des douanes), ou encore dans leur droit de consommer des denrées jugées dangereuses (droit de restriction des drogues), de dépenser leur revenu aux seules fins qu'ils approuvent (droit d'imposition fiscale), de s'adonner à certaines activités qui choquent leurs voisins (droit de moralité), de décider qui ils combattront et dans quelles conditions (conscription), d'échanger librement (contrôle des prix et salaires), de s'associer avec qui leur plaît (droit antidiscrimination), etc.

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Se développeraient ainsi des marchés pour les droits de propriété personnelle. Viendrait un moment où, par hypothèse, à peu près tous les individus auraient vendu des actions dans leurs droits, chacun se réservant cependant toujours une part dans chacun de ses droits afin de participer aux assemblées générales d'actionnaires qui contrôlent l'exercice du droit aliéné. Viendrait un moment où à peu près tout le monde serait actionnaire de plusieurs autres personnes. Des milliers d'assemblées générales d'actionnaires se tiendraient chaque année : l'assemblée de ceux qui détiennent des actions dans la liberté du travail des individus, l'assemblée de ceux qui possèdent des titres divers dans un individu donné ; et ainsi de suite pour tous les droits et pour tous les individus. Afin de réduire les coûts de transaction impliqués, tout le monde participe à une grande assemblée de consolidation où, après plusieurs jours de marchandage et d'agiotage, chacun se retrouve avec exactement une action dans chacun des droits de chaque individu. La grande société politique anonyme, la démocratie, est née. Par décision des actionnaires, l'Assemblée générale annuelle, trop nombreuse et inefficace, est remplacée par un Conseil d'administration élu, un parlement : c'est la démocratie indirecte. Si tout cela est fait sans coercition, la liberté subsiste puisqu'un individu demeure libre soit de ne pas adhérer à la grande société démocratique par actions quand il atteint sa majorité, soit de racheter plus tard sur le marché les actionq de sa personne qu'il a précédemment aliénées.

En réalité, l'Etat démocratique souverain oblige tout individu devenu majeur à se vendre et à devenir actionnaire, sous peine de quitter le territoire. L'Etat démocratique souverain nie le droit de sécession, c'est-à-dire le droit d'un individu de demeurer sur sa propriété (ou chez un hôte consentant) et de vivre en marge des décisions de la grande corporation démocratique. La démocratie, conclut Nozick, est "la propriété du peuple, par le peuple, et pour le peuple".


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