Wilhem Röpke:Capitalisme et impérialisme

Wilhelm Röpke
1899-1966
Auteur Ordolibéral
Citations
« L'existence de l'ordre au lieu de l'anarchie, l'ordre spontané, si on veut, n'est pas en lui-même un phénomène étonnant. Les processus particuliers à la vie économique dans une société libre rendent évident la supériorité fondamentale de l'ordre spontané sur l'ordre commandé. »
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Wilhem Röpke:Capitalisme et impérialisme
Capitalisme et Impérialisme


Anonyme


Publié (en allemand) dans Zeitschrift für schweizerische Statistik und Volkswirtschaft, vol. 70, pp. 370-386. Traduction française par Michaël Girod en 2004

I

L’expansion européenne ne s’est pas uniquement construite autour de relations économiques pacifiques, mais est aussi une histoire où se côtoient conquêtes, cruautés et brutalités, avec lesquelles les peuples de race européenne, par leur supériorité économique et technique, ont soumis le monde de manière ouverte ou déguisée. Cette expansion violente est aussi devenue une des sources principales de frictions entre puissances européennes expansionnistes qui, de temps en temps, ont pu déboucher sur une guerre. L’histoire de l’expansion européenne « aura été écrite avec du sang et du feu. » Il n’y avait jamais assez de brutalités et d’intrigues pour étendre la domination de la race européenne. Mais les affamés européens de pouvoir ont rencontré deux obstacles – la résistance des peuples destinés à la soumission et la jalousie des autres puissances « impérialistes. » Il existe certes des exceptions, parmi lesquelles l’épisode des Jésuites au Paraguay et celui des Quakers en Pennsylvanie, où l’amour du prochain et le respect de la dignité humaine ont primé. Mais ce ne sont que des oasis dans un désert de domination et de pouvoir. Un affrontement entre ce qui est brutal, hautain, sournois, hypocrite, sans égard, et la propriété, la vie, l’honneur des soumis et des faibles – à ce propos, les victimes de l’expansionnisme européen du conquérant blanc auront vu, avec le drame de la première guerre mondiale, que ces mêmes conquérants utilisèrent entre eux les mêmes méthodes, à une échelle encore plus grande.

Cette expansion européenne, qui a amené des frottements et des conflits plus nombreux entre les grandes puissances, est définie depuis quelques décennies, sous le terme d’impérialisme. L’impérialisme coïncidant ainsi avec le développement et l’extension du système économique dominant, à savoir le capitalisme. Il est ainsi supposé une étroite relation causale entre l’impérialisme et le capitalisme. Cette idée a conduit à l’affirmation que l’impérialisme est une conséquence du capitalisme. Exprimé autrement : dans le capitalisme, la même force qui à l’intérieur des Etats révolutionne sans pitié et sans égard les rapports économiques, sociaux, politiques et culturels, pousse sur la scène internationale les Etats à la conquête violente de zones d’influence et de débouchés économiques. L’impérialisme apparaît ainsi comme un élément essentiel du système capitaliste.

L’interprétation économique de l’impérialisme a une double importance : scientifique et politique. L’approche scientifique de l’impérialisme doit nous permettre non seulement de mieux comprendre l’histoire de ces cinquante dernières années, mais également de formuler une prévision prudente quant au développement futur. La théorie économique de l’impérialisme apparaît ainsi comme une forme particulière de la conception matérialiste de l’histoire. De la même manière que le matérialisme historique lit le droit, la politique, la religion et la vie intellectuelle comme de simples « superstructures idéologiques » du système économique actuel, la théorie économique de l’impérialisme réduit la politique impérialiste des nations à un simple réflexe du système économique capitaliste. Sur un plan politique, le seul chemin à suivre passe donc nécessairement par le combat du capitalisme. Inversement, la théorie économique de l’impérialisme fournit aux adversaires du capitalisme, désormais rassemblés dans un front anticapitaliste, une nouvelle arme particulièrement tranchante. Le double rôle politique de la théorie économique de l’impérialisme peut facilement être mis en évidence dans une comparaison entre la Russie soviétique et les peuples jeunes et en plein essor du proche et lointain Orient. Pour l’Union soviétique et son idéologie, l’anticapitalisme prime, tandis que la théorie économique de l’impérialisme passe au second plan. L’URSS cherche avant tout à créer une communauté socialiste, pendant que la théorie économique de l’impérialisme sert uniquement à propager sur le plan interne et de manière idéologique la révolution socialiste, tout en montrant clairement aux autres nations l’effondrement inéluctable du capitalisme. Pour les populations en plein essor du proche et lointain Orient, qui viennent de se libérer de l’influence impérialiste des grandes puissances ou qui combattent actuellement pour leur émancipation politique, l’anti-impérialisme est fondamental. Alors qu’en URSS l’idéologie l’anti-impérialiste est secondaire, cette dernière est fondamentale chez les peuples en plein essor du proche et lointain Orient.

L’importance scientifique de la théorie économique de l’impérialisme est non seulement de fournir une interprétation du passé, mais également de pouvoir être utilisée à des fins prévisionnelles. Ce point est particulièrement important dans le moment présent. Tous les hommes sont en effet absorbés par le drame bouleversant que nous propose, ces dernières années, le déclin catastrophique de l’économie. Beaucoup sont arrivés à la conclusion séduisante, tombant à priori sous le sens, que ce déclin économique sonne le glas du capitalisme. L’ordre des idées est le suivant : sans aucun doute le développement du capitalisme s’accompagne dans le même temps, pour l’instant, d’une extension houleuse de son champ d’application géographique. Pour la théorie économique de l’impérialisme, cette mise en valeur capitaliste des régions non capitaliste du monde a conféré au capitalisme sa force vitale. Mais la crise mondiale actuelle montre – si on poursuit cet ordre d’idées – que l’expansion capitaliste a atteint sa limite spatiale, avec un capitalisme touché dans son nerf vital. Il semble évident de regarder si ce raisonnement est fondé ou non.

II

Est-il vrai que l’impérialisme est un effet phénomène concomitant nécessaire du capitalisme ? Il nous faut y répondre à présent.

Cette affirmation pourra vraiment nous convaincre après avoir mené une démonstration empirique dans deux directions : 1. Qu’il n’y a jamais d’impérialisme sans capitalisme et 2. qu’il n’y a jamais de capitalisme sans impérialisme. Mais nous n’avons pas besoin d’exiger cette preuve, pour déjà savoir à l’avance que cette exigence n’est pas réalisable.

Au regard de l’histoire de l’humanité, il est possible de réfuter la première affirmation[1]. Comme il sera démontré de manière plus détaillée, l’impérialisme de l’histoire récente entretient des rapports peu étroits et contradictoires avec le capitalisme.

La seconde affirmation est tout aussi réfutable. Il existe suffisamment d’Etats capitalistes qui n’ont aucun caractère impérialiste. Il suffit de citer la Suisse, la Suède, le Danemark, la Norvège et la Tchécoslovaquie. La Hollande doit aussi être incluse à ce groupe de pays capitalistes non-impérialistes. Même si ce pays dispose d’importantes possessions coloniales, et qu’il a déployé une énergie considérable dans son expansion, la force d’expansion de ce pays est depuis longtemps affaiblie ; il est dès lors impossible de présenter la Hollande comme un pays impérialiste, qui tomberait sous le coup de la théorie économique de l’impérialisme. L’existence même de pays capitalistes, dénués du moindre caractère impérialiste, est d’autant plus défavorable pour la théorie économique de l’impérialisme, que dans ce groupe de pays, certains de ces pays capitalistes sont économiquement de premier ordre. Ces pays sont autant puissants économiquement qu’ils sont impuissants politiquement. Il est ainsi incontestable que la richesse de la Suisse ne s’est pas construite sur une politique impérialiste et sur des relations économiques coûteuses qui auraient pu mettre en danger la paix.

L’exemple de la Suisse poussera quand même un représentant opiniâtre de la théorie économique de l’impérialisme à se demander, si l’impérialisme doit nécessairement se servir de moyens politiques pour atteindre son but, qui est l’obtention d’une position dominante. « La Suisse » n’a t’elle pas « soumis » le Nord de l’Italie avec ses banques et ses usines électriques ? Nous acceptons le présupposé que la possession de banques, d’usines électriques, de chemin de fer et de compagnies de gaz confèrent de l’influence et du pouvoir. Mais il est impossible de démontrer ici la présence d’« impérialisme. » Si cette expression souhaite garder un sens raisonnable, il est nécessaire que le sujet de la politique impérialiste soit un Etat étranger. Ce sujet manque dans notre exemple, car ce n’est pas « la Suisse » qui s’étend dans le Nord de l’Italie, mais des Suisses – des personnes physiques ou juridiques – qui y font des affaires et espèrent trouver leur compte. Durant l’avant-guerre, ce sont les mêmes erreurs de raisonnement qui ont conduit à cette idée fatale de peindre « l’Allemagne » et « l’Angleterre » comme étant dans un combat concurrentiel, alors qu’il s’agissait d’Allemands et d’Anglais qui se concurrençaient, pendant que dans le même temps, d’autres ressortissants allemands et anglais entretenaient des rapports paisibles de clients ou de fournisseurs et se retrouvaient en concurrence avec leurs propres concitoyens. Pour en revenir à l’exemple de la Suisse, il est permis de se demander ce qui différencie la fondation d’une entreprise sectorielle, à l’étranger, de la création d’une entreprise sur le sol national. La création d’une succursale de la Deutsche Bank dans le Königsberg berlinois s’apparente-il à de l’impérialisme ? Cette question ne nécessite aucune réponse. Celui qui se retrouve dans théorie du commerce extérieur reconnaîtra, que cette conclusion erronée est l’illustration supplémentaire d’une idée répandue, selon laquelle un processus social-économique change de nature, dès lors que différentes nations y participent[2].

Il est donc absolument faux de parler d’impérialisme lorsqu’une entreprise étrangère s’installe dans un pays, pour autant que derrière cette installation ne se cachent pas des pressions ou des rapports de force engagés par l’Etat étranger, comme ce fut le cas lors de la capitulation de l’Empire ottoman, pour le « Bagdadbahn » et dans tous les cas similaires. Naturellement, il faut se garder de ne voir systématiquement aucun intérêt politique derrière les entreprises étrangères. Bien évidemment, la création d’une banque ou d’une usine électrique confère une influence économique considérable et, il se peut qu’un pays, pour une série de raisons fondées, ne soit pas prêt à concéder cette influence à une entreprise étrangère.

III

Nos recherches nous ont amené à la conclusion qu’il existe non seulement de l’impérialisme sans capitalisme, mais aussi du capitalisme sans impérialisme. Ainsi, la théorie économique de l’impérialisme, qui présente l’impérialisme comme un pendant nécessaire du capitalisme, se voit retirée ses principaux fondements. Mais nous ne pouvons en rester là. Même s’il existe de l’impérialisme sans capitalisme et du capitalisme sans impérialisme, les représentants de la théorie économique de l’impérialisme formulent une contre-argumentation. Pour eux, l’existence d’impérialisme sans capitalisme prouve que l’impérialisme contemporain se différencie clairement de l’impérialisme pré-capitalistique, tout en ajoutant de manière têtue, qu’il s’agit là du véritable impérialisme auquel ils s’intéressent. Selon eux, notre démonstration prouverait seulement qu’à l’impérialisme contemporain s’est liée une force nouvelle, à savoir la pression expansionniste du capitalisme. Comme il a été admis, on ne peut imputer une politique impérialiste aux petits pays comme la Suisse et les pays scandinaves, impuissant politiquement sur le plan mondial ; mais ne serait-il pas pensable que ces pays vivent, dans l’ombre et la protection des grandes puissances impérialistes, des fruits économiques de la politique impérialiste des puissants ?

Le credo de la plupart des marxistes est de considérer l’impérialisme contemporain comme une conséquence nécessaire et inévitable du capitalisme. Bizarrement, le marxisme contemporain ne propose pas une seule théorie de l’impérialisme, mais plusieurs ; leurs représentants se critiquent mutuellement si violemment, qu’il ne reste plus grand chose à faire au critique non marxiste. Cet état de fait ne participe pas à la force de persuasion des articles de foi marxistes. Marx et Engels ont, pour des raisons explicables, accordé peu d’égard à ce problème. La théorie marxiste de l’impérialisme est au contraire, en premier lieu, le travail d’épigones. Parmi eux, Rosa Luxemburg[3] et sa théorie de l’impérialisme.

La théorie de l’impérialisme telle que développée par Rosa Luxemburg, et récemment reprise et modifiée par F.Sternberg[4], conduit aux idées suivantes. Karl Marx avait prédit la chute du capitalisme par l’aggravation continuelle des crises économiques, dans la mesure où les contradictions internes au capitalisme, et en particulier la suraccumulation (formation excessive par les capitalistes, de capitaux par l’augmentation de la misère de masse, avec un rétrécissement croissant des marchés de consommation), rendent de plus en plus difficile la vente de produits, issus d’un appareil de production en constant essor. Pour le plus grand malaise des penseurs marxistes, cette prédiction d’une aggravation continuelle des crises jusqu’à l’explosion finale du capitalisme ne s’est pas réalisée ; à l’inverse le capitalisme s’est constamment développé jusqu’à la guerre mondiale. Pour sauver le coeur de la pensée marxiste – cette idée d’une auto-suppression du capitalisme par les contradictions internes à son mécanisme – il nous faut découvrir les circonstances qui ont repoussé le délai de mort du capitalisme. L’impérialisme moderne rend ici d’excellents services. Il suffit simplement d’affirmer que le capitalisme s’est maintenu aussi longtemps et en si bonne santé, parce que les pays capitalistes ont résolu le problème de l’accumulation, en menant une attaque impérialiste contre les régions non capitalistes de l’économie mondiale. La théorie marxiste de l’auto-suppression du capitalisme connaît ainsi une transformation politique: l’auto-suppression du capitalisme n’est désormais plus, comme le prédisait Marx, le fruit d’une aggravation continuelle des crises, mais devient la conséquence de conflits internationaux entre des puissances qui cherchent à surmonter les crises, en se lançant dans des expéditions impérialistes dirigées contre les régions non capitalistes. Ces quelques éléments structurent la théorie impérialiste de Rosa Luxemburg[5].

La théorie de Rosa Luxemburg a, au premier regard, quelque chose de séduisant. En présupposant qu’il existe effectivement un problème capitaliste d’accumulation – c’est à dire l’existence d’une capacité de production supérieure à la capacité de vente – il nous faut regarder si la zone non capitaliste joue véritablement le rôle de piston pour les surtensions de la marmite de l’économie nationale capitaliste. La réponse à cette question est négative. Mais comment comprendre alors cette « poussée de production excédentaire » ? Plusieurs pistes existent :

  1. Le surplus d’exportation a comme contre-partie un paiement immédiat, de sorte que le pays exportateur dispose à présent d’une masse d’or ou de devises équivalent. Cet argent peut être utilisé :
    • A l’accroissement de la masse monétaire à l’intérieur du pays ce qui, toutes choses étant égales par ailleurs, débouche apparemment sur un processus inflationniste. Comme on le sait, il serait possible d’aboutir à ce même résultat d’une inflation de manière moins coûteuse et plus agréable, en évitant le détour pénible de la lutte diplomatique et militaire, destiné à s’assurer les débouchés extérieurs. On ne voit pas dans ce cas comment la suraccumulation serait supprimée. Au contraire, une suraccumulation – toutefois éphémère – est créée par ce moyen[6]. Il ressort de là une conclusion grotesque et foudroyante pour la théorie économique de l’impérialisme, celle que l’impérialisme ne supprime pas la suraccumulation mais en créée.
    • Comme rétributions aux importations supplémentaires. Les marchandises étrangères ont simplement pris la place des marchandises nationales, et pour les premières le problème supposé des débouchés se pose avec la même ampleur que pour les marchandises nationales. Le problème de la suraccumulation ne sera en aucune manière résolu. Il sera même renforcé, dans la mesure où l’échange avec l’étranger, selon les lois internationales de la division du travail, enregistrera pour l’industrie nationale des gains supplémentaires et pour toute l’économie nationale une augmentation des stocks de marchandises disponibles.
  1. Le surplus d’exportation se fait sur crédit de la contre-valeur. Aussi longtemps que ne sont pas effectués les paiements d’intérêt et le remboursement des crédits, pour le pays exportateur, c’est comme s’il faisait cadeau de ses marchandises ou qu’il les détruisait. Si on en restait là, on ne comprendrait pas l’intérêt qu’il y a d’opter pour le pénible combat diplomatique et militaire. Mais, s’il y a paiement d’intérêt et remboursement, ce cas ne se distingue plus du tout du premier cas de l’exportation supplémentaire contre paiement immédiat. Il n’amène ainsi aucune solution, mais ne fait que renforcer le problème de la suraccumulation. Il s’agit là à nouveau du même problème conceptuel qui aveugle les défenseurs de cette théorie économique de l’impérialisme : si on exporte davantage à crédit (investissements de capitaux à l’étranger) dans le but d’échapper au « problème de sur-accumulation », on pourrait – avec moins d’effort – écouler le surplus de production à l’intérieur du pays.

La théorie de Luxemburg s’empêtre dans la même erreur qui domine toute la pensée protectionniste du XIXe siècle : n’examiner qu’un seul étage du commerce extérieur, au lieu de penser le mécanisme complet du commerce extérieur. Avec une naïveté, qui peut sembler surprenante de la part d’auteurs aussi fins, ces derniers se sont appropriés le point de vue mercantiliste, qui présente l’exportation comme une simple issue de secours, sans se rendre compte que l’exportation est intimement liée à l’importation[7]

Preuve est ainsi faite que l’impérialisme n’apporte aucune solution au problème de l’accumulation. Il pourrait même être montré que l’impérialisme renforce ce problème. Il est donc possible d’écarter complètement cette idée qui présente l’impérialisme comme découlant des lois économiques internes du capitalisme. Il est ainsi superflu de se questionner sur l’existence même du problème de l’accumulation[8]. L’existence de ce problème apparaît comme improbable, dès lors que le capitalisme est capable de se développer considérablement, sans pour autant recourir à de l’impérialisme comme unique solution à un prétendu problème d’accumulation.

IV

La théorie de Luxemburg est également indéfendable dans le camp marxiste. Elle a été l’objet de violentes attaques du côté marxiste et elle est aujourd’hui généralement réfutée. Les points les plus importants doivent encore faire l’objet ici d’un bref éclaircissement.

Une fois rejetée la théorie de Luxemburg, selon laquelle l’expansion extérieure est la conséquence nécessaire de la suraccumulation intérieure, il nous reste à chercher la véritable cause de cette expansion extérieure (que nous appellerons impérialisme s’il s’accompagne de moyens de pression.) La-dessus, personne mieux que Marx n’a donné de meilleure réponse, lorsqu’il dit « Lorsque le capital sera envoyé à l’étranger, il ne se passera rien, car il ne pourra absolument pas être employé à l’intérieur du pays. Cela se produit, parce qu’il peut être occupé à l’étranger avec des taux de profits plus élevés. »[9] Beaucoup de théoriciens marxistes de l’impérialisme ont recours à cette pensée simple[10]. On ne peut douter de la véracité de cette affirmation. L’économie politique académique n’explique pas différemment l’expansion économique, lorsqu’elle dit que le capital a tendance à se tourner vers les régions où sa marge de productivité est la plus grande. Cela sonne dramatiquement, lorsque l’on parle de « chasse aux surplus de profits » (Boukharine.) Mais qu’est-ce que cela prouve ? Cela démontre uniquement que le capital a tendance, non seulement à l’intérieur d’un pays, mais également sur le plan international, à se répandre là où son utilisation engendrera les profits les plus importants. Une différence importante existe entre la mobilité interne et internationale du capital, en cela que cette dernière rencontre d’importants blocages. Du point de vue de l’économie mondiale, une telle répartition du capital apparaît comme rationnelle ; mais un Etat socialiste mondial entreprendrait également une répartition semblable du capital, comme cela se passe actuellement avec la « chasse aux surplus de profits. » Pour l’instant tout cela n’a rien à voir avec de l’impérialisme. Nous pouvons parler d’impérialisme uniquement lorsque l’installation de capital à l’étranger prend un caractère politique. Même si cela arrive très souvent, ce n’est pas nécessairement le cas. Un des mobiles principaux de la politique coloniale européenne reste la possibilité de réaliser des profits élevés, lorsque le placement de capitaux est appuyé par la politique ; cependant, personne ne pourra affirmer que les structures internes du capitalisme imposent une telle politique. L’existence d’un enrichissement par la violence n’est pas une découverte. La tentation de s’enrichir sur le dos des autres a existé à toutes les époques, dans tous les systèmes économiques, et reste toujours une des causes principales des guerres. Mais la nature du capitalisme est de faire reposer le contrôle de l’économie dans les mains d’entrepreneurs privés et non plus dans celles de l’Etat. Sa nature se voit remise en cause lorsque l’Etat se pose en organisateur et protecteur de l’exploitation impérialiste. Cela découle d’un libre choix de l’Etat et non pas d’une nécessité mystique du capitalisme. L’impérialisme contemporain n’est en fin de compte pas un phénomène économique, mais politique.

Le développement de ces dernières décennies a amené un important changement dans les relations entre pays débiteurs et pays créanciers. La vieille idée, voulant que le placement de capitaux à l’étranger réduise le pays débiteur au simple état de pays vassal et docile, ne correspond plus complètement à la réalité. La crise mondiale actuelle démontre l’impuissance des pays créanciers à l’égard des pays débiteurs, devenus insolvables et réticents à rembourser ; une impuissance qui nous amène presque à parler d’une supériorité des Etats débiteurs sur les Etats créanciers. Les Etats-Unis ont, par exemple, accepté avec résignation la perte de milliards de dollars investis dans quelques pays sud-américains, sans pour autant entreprendre d’expédition militaire. L’Allemagne a pu lever la plus grande part de ses dettes, sans autre conséquence que l’indignation et la peur des créanciers concernant le solde de leur argent et leurs capacités futures de crédit. Toutes ces expériences amères auront à l’avenir un effet dissuasif et amèneront une mobilité du capital considérablement réduite, enlevant à l’impérialisme son origine principale. Que le capitalisme doivent en mourir reste une affirmation non démontrée. Avec ce processus d’émancipation, le temps des profits coloniaux élevés touchent à leur fin sa fin[11].

La naissance de l’impérialisme, par la tendance du capital à se tourner vers les plus hauts taux de profit, ne prouve pas que l’impérialisme est la conséquence nécessaire du capitalisme. Exprimé autrement : le dernier maillon de la chaîne causale est politique ; et ce maillon est décisif.

Cela nous amène à la conclusion que l’impérialisme est en fin de compte un phénomène politique. Un point de vue partagé par un autre théoricien marxiste de l’impérialisme, Hilferding[12]. Selon cette théorie, dans un capitalisme de libre concurrence et de libre commerce (capitalisme libéral), il n’existe pas de motif raisonnable à une expansion politique ; mais, après qu’au cours de ces cinquante dernières années le libre commerce et le principe de concurrence ont été remplacé par le monopole et le protectionnisme, le capitalisme a intégré ces transformations et encourage désormais vivement le capital – selon la terminologie de Hilferding le capital financier – à l’expansion politique. La raison donnée est que le droit protecteur, dans les pays hautement capitalistes, facilite de plus en plus l’existence de formations monopolistiques sur leur sol ; ces monopoles assurent une utilisation maximale des facteurs de production, leur permettant à l’intérieur des bannières douanières de réaliser des profits grâce à des prix exorbitants et, au-delà des barrières douanières, vendre à des prix excessivement bas (dumping). Plus grand est le territoire politiquement dominé, plus grands sont les avantages à mener une telle politique monopolistique. L’atmosphère fondamentalement pacifique du capitalisme libéral est désormais empoisonnée[13]. Même s’il est vrai que le binôme protectionnisme-monopole a crée de forts intérêts impérialistes, il est nécessaire de formuler différente objections importantes. Tout d’abord il faut se garder d’exagérer l’importance de la connexion ; elle ne pourra en effet expliquer qu’une petite partie de la politique impérialiste de ces cinquante dernières années. En outre, le dernier maillon, voire même les deux derniers maillons de la chaîne causale sont également ici politiques : tout d’abord le protectionnisme, qui n’est pas une caractéristique essentielle du capitalisme, mais plutôt le produit d’une politique économique et d’une idéologie économique choisie ; ensuite, le choix que fait l’Etat de relayer ou non des intérêts impérialistes, relève d’une décision politique.

Mentionnons encore la tentative de faire dériver l’impérialisme de la légitimité économique du capitalisme. La démarche a été entreprise par Marx, repris par Boukharine[14], qui affirme que seuls deux pays ayant la même structure économique échangeront les mêmes valeurs ; un échange que l’on ne retrouve pas entre les pays capitalistes et les colonies (ou des pays similaires à des colonies), ce qui amène les pays techniquement avancés à exploiter les pays retardés techniquement. L’affirmation de Marx joue aujourd’hui un rôle considérable dans l’idéologie économique des pays semi-capitalistes, riches en matières premières, pour justifier la nécessité d’une industrialisation rapide menée par l’Etat[15]. Il n’est pas nécessaire de réfléchir sur la doctrine de Marx, pour constater que l’on ne peut pas parler d’exploitation d’un pays techniquement en retard par un pays techniquement avancé, lorsque la prospérité du pays techniquement retardé se construit sans rapports économiques avec les pays avancés. Il existe aussi, à l’intérieur d’un pays, des nuances dans l’équipement technique des entreprises ; peut-on affirmer, pour autant, que les provinces techniquement en avance exploitent celles en retard ? L’argument impérialiste peut être jeté par terre. Que le pays techniquement retardé soit dans une meilleure situation, s’il améliore ses modes de production, n’a rien à voir avec le fait qu’il serait dans une situation encore pire, si l’échange économique n’existait pas avec les pays « impérialistes. »[16] Les rapports économiques permettent aussi, par l’importation de capitaux, de machines et de spécialistes, aux pays en retard de rattraper leur déficit. Personne ne peut douter que le progrès de la technique de production en Russie a eu lieu grâce à l’aide des machines, des capitaux et des spécialistes des pays « impérialistes. » Il va de soi que la récusation de cet argument impérialiste n’est pas dirigée contre les efforts de modernisation et d’industrialisation des Etats en retard.

V

Toutes les tentatives des écrivains marxistes de présenter l’impérialisme comme une conséquence nécessaire du capitalisme doivent être considérées comme ayant échoué. De plus, une politique impérialiste, guerrière, ne correspond pas aux intérêts du capitalisme ; au contraire. Un système économique qui repose sur la division du travail et l’échange a besoin de la paix s’il souhaite prospérer. L’intérêt objectif et raisonnable des parties prenantes à l’échange est d’exiger la paix. A l’époque de l’économie mondiale et de la guerre technique, la guerre a perdu de son sens économique. Il n’est pas nécessaire d’apprendre aux pays ayant participé à la guerre mondiale que cela fut économiquement un non-sens. Pour l’ensemble de la population, la guerre a cessé d’être une entreprise positive, même si ce point de vue n’est pas partagé par quelques groupes[17]. Aucun conflit économique ne peut être rendu responsable de son déclenchement. Un économiste national a toutes les raisons de s’opposer énergiquement aux surestimations populaires mettant en avant les raisons économiques de la guerre mondiale. En parlant sérieusement du conflit entre l’Angleterre et l’Allemagne, ce ne sont pas les rivalités économiques qui ont divisé les deux pays – ils étaient mutuellement les meilleurs clients – mais une rivalité politique créée par le programme allemand de construction naval. La soi-disant rivalité économique entre l’Angleterre et l’Allemagne n’était rien d’autre que le déguisement idéologique d’une rivalité politique. Du pur calcul économique aurait dû interdire les deux parties à se lancer dans un conflit. Effectivement il joua, comme dans toutes les guerres, un rôle mineur, à l’inverse des instincts, des sentiments et des passions. L’ambiance créée par le capitalisme renforce le refrènement et le refoulement plutôt que l’excitation de passions guerrières ataviques. Les porteurs de l’esprit guerrier sont toujours les catégories qui, sociologiquement, sont les plus éloignées du capitalisme. Parmi eux, à côté de l’aristocratie, les étrangers à l’économie, les intellectuels et les idéologues qui méprisent le bon sens économique. L’anticapitalisme, au sein de l’Europe actuelle, en tant que socialement non constructif, est en même temps le principal vecteur du bellicisme.

Il serait absurde de nier l’existence de quelques groupes d’industriels et d’entreprises qui ont un intérêt économique objectif dans une politique étrangère agressive. Le rôle funeste de l’industrie d’armement ne doit en rien être réduit. Cependant le « capitalisme » n’est pas réductible à l’industrie d’armement et, dans la durée, ce n’est pas l’industrie d’armement qui modèle une politique étrangère agressive mais l’inverse.

Il foisonne de distorsions idéologiques et d’étourderies que l’on peut résumer sous le concept de « romantisme géographique. »[18] Un exemple typique est le besoin de « corridors » et d’ « accès à la mer. » Aucune nécessité économique ne justifie (citant le cas de la Pologne et de son corridor qui a provoqué tant de discordes) la possession d’un accès à la mer, et aucune nécessité économique ne justifie l’exigence actuelle de la Bulgarie dans ce domaine. Il existe suffisamment de régions continentales (Suisse, Tchécoslovaquie, Autriche, Hongrie, Perse…) où l’Etat n’a pas besoin d’accès à la mer pour exister. De même, la justification économique de la politique coloniale peut être soumise à une forte critique. La protection des sources de matières premières a une signification plus politique qu’économique, notamment en cas de guerre, démontrant là l’absence de nécessité capitaliste.

Dans un capitalisme pur, qui se caractérise par la liberté économique, les frontières étatiques ont une importance quelconque. Mais comme la liberté économique se voit limitée par l’intervention étatique, le rôle économique des frontières et la possibilité d’un conflit entre Etats augmentent. Dans le cas d’un socialisme « dominium » et « imperium » les sphères économique et politique sont entièrement mises ensemble, sous la même couverture ; les questions territoriales supplantent les questions économiques, amenant un nouvel éclairage sur l’affirmation que le capitalisme amène les peuples à la désunion.

VI

Nous ne croyons à aucun argument de la théorie économique de l’impérialisme, qui présente l’impérialisme moderne comme une conséquence politique de la structure économique du capitalisme. Nous pouvons résumer les résultats obtenus dans cette affirmation : l’impérialisme n’est pas un élément nécessaire du système capitaliste, mais est, et cela sans faire du tort à tous les membres économiques intermédiaires, un phénomène étranger et contraire au capitalisme. Le capitalisme est imaginable et viable à la fois en tant que « pur » capitalisme sans impérialisme – mais aussi comme un « pur » capitalisme sans exploitation à l’intérieur d’un pays – ; au contraire, cet impérialisme, que le capitalisme a pu empêcher jusqu’ici, est une source de frictions et de destructions, qui peut amener éventuellement le capitalisme à sa perte. Deux éléments permettent de comprendre pourquoi le capitalisme n’a pas offert à l’humanité l’augmentation massive de la prospérité : l’augmentation sans frein de la population[19] et l’impérialisme. Au regard des exemples de l’Italie et du Japon, les deux facteurs sont en étroite relation.

« Les rapports entre les hommes », pour Pantaleoni, dans sa célèbre conférence inaugurale[20] « sont de trois genres dont deux ne sont pas régis par des lois économiques. Ces genres sont si différents les uns des autres, que je ne saurais bâtir aucun pont qui nous conduise de l’un à l’autre. Il y a, d’abord, des rapports violents, des rapports d’oppression, des rapports qui consistent en ceci que les uns détruisent ou bien qu’il exploitent les autres…. Il y a, en second lieu, des rapports d’altruisme, que l’on peut appeler des rapports de tutelle. Enfin, nous avons un troisième genre de rapports, des rapports contractuels, dans lesquels la violence qui préside au premier genre de rapports est exclue tout autant qu’est l’altruisme des rapports de tutelle. » Il doit donc être clair, que l’impérialisme appartient à la première catégorie et le capitalisme à la seconde ; cela permet de reconnaître que l’hétérogénéité de l’impérialisme fait de lui un système d’oppression et d’exploitation, tandis que le capitalisme se caractérise comme un système de rapports contractuels.

Ainsi apparaît évident que l’impérialisme est, en fin de compte, un phénomène politique et reste la créature de sentiments, de passions et d’instincts[21]. Auparavant on pensait, dans un bon sens économique, que le besoin de paix pourrait toujours maîtriser l’instinct irrationnel guerrier. Nous sommes aujourd’hui bien loin d’un tel optimisme. Nous savons que les instincts, les sentiments et les passions dominent plus fortement les hommes que les faits et les calculs, particulièrement à une époque déterminée par les mouvements de masse[22]. A la place de croire que le capitalisme vaincra l’impérialisme, il faut au contraire compter avec la possibilité que l’impérialisme et toutes ces forces irrationnelles détruisent le capitalisme et avec lui notre système culturel collectif. La remarque sarcastique que l’homme serait moins un « tool-making » qu’un « munition-making animal », ne nous paraît plus exagéré.

Il nous reste encore à tirer les conclusions de notre rejet de la théorie économique de l’impérialisme. Nous ne citerons que les deux plus importantes.

La première conclusion est que même si l’expansion extérieure rencontre des limites spatiales, il est non fondé d’en déduire un pronostique pessimiste quant à l’avenir du capitalisme. L’idée, que le capitalisme n’est possible que lorsqu’il peut élargir de manière permanente son domaine d’importance spatial, est dénué de fondement. La prospérité du capitalisme n’est pas fonction du nombre de kilomètres carrés dominés, mais de la force du pouvoir d’achat, déterminé par la force de production et l’échange sans heurt de produits issus de la division du travail.

La seconde conclusion est, que si l’on veut combattre l’impérialisme, il n’est pas nécessaire de se tourner contre le capitalisme. L’adversaire de l’impérialisme ne doit pas se laisser engager sur la voie de l’anticapitalisme par la théorie marxiste. Cela vaut non seulement pour les adversaires de l’impérialisme dans les pays hautement capitalistes, mais également pour d’autres pays qui ont été jusque là les objets de la politique impérialiste des grandes puissances et qui, à présent, cherchent à s’en libérer.

Notes

  1. J.Schumpeter, Zur Soziologie des Imperialismen, Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik, Band 46,1919.
  2. A ce sujet : W.Röpke, Geld und Aussenhandel, Jena, 1925 ; W.Röpke, Weltwirtschaft und Aussenhandelspolitik, Berlin, 1931 ; W.Sulzbach, Der wirtschaftliche Begriff des « Auslands », Weltwirtschaft Archiv, 1930, S.55ff ; W.Sulzbach, Nationales Gemeinschaftsgefühl und wirtschaftliches Interesse, Leipzig, 1929; L. Alises, Nation, Staat und Wirtschaft, Wien, 1919.
  3. Rosa Luxemburg, Die Akkumulation des Kapitals. Ein Beitrag zur ökonomischen Erklärung des Impérialismus. Berlin 1913
  4. F.Sternberg, Der Imperialismus, Berlin 1926.
  5. La théorie de l’impérialisme de Luxemburg est en même temps une théorie qui explique les fluctuations conjoncturelles, si on comprend la haute conjoncture comme vague d’une nouvelle expansion impérialiste et la dépression comme recul temporaire de cette dernière. L’on peut critiquer cette théorie de la conjoncture « des fluctuations de la pénétration expansive des économies capitalistes en territoire non-capitaliste » non seulement à cause de son artificialité, mais aussi parce que c’est plutôt en temps de dépression que les marchés étrangers sont les plus prisés.
  6. A ce sujet : W.Röpke, Kredit und Konjunktur, Jahrbücher für Nationalökonomie und Statistik, 1926, S.243 ff., et W.Röpke, Krise und Konjunktur, Leipzig, 1932.
  7. Dans les pays occidentaux, ces mêmes idées inextirpables amènent d’ailleurs beaucoup de personnes, qui s’opposent à une expansion du crédit, à penser que la crise pourrait être combattue si on utilisait les forces de production nationales, qui ne trouvent pas d’emploi dans le pays, au développement économique des pays non-capitalistes. Une telle proposition n’a de sens que s’il n’y a plus suffisamment de demandeurs de crédit dans le pays même, dans ce stade de dépression avancée.
  8. Le problème de l’accumulation joue toujours un rôle important dans les récentes théories populaires de la crise, spécialement aux États-Unis. Dans ce pays, ce sont surtout Foster et Catching qui proclament dans leurs différentes études (Profits, 1925, Business without a Buyer, 1927 ; The Dilemma of Thrift, 1928, etc.) qu’à cause de la formation de capital, les possibilités de production dépassent régulièrement les possibilités de vente. Dans mes études, mentionnées plus haut, j’ai démontré qu’un tel problème n’existe pas en tant que problème durable, mais seulement en tant que problème passager conjoncturel. Les auteurs suivants arrivent à la même conclusion : F.A. Hayek, The ‘Paradox’ of Saving, Economica, mai 1931, et A.H. Hansen, Business-Cycle Theory, New York 1927
  9. K.Marx, Kapital,III, 1,S.238.
  10. K.Marx, Kapital,III, 1,S.238.
  11. Arthur Salz, Die Zukunft des Imperialismus, Weltwirtschaftliches Archiv, Oktober 1930.
  12. R.Hilferding, Das Finanzkapital, Wien 1910 (2.Auflage 1923).
  13. J.Schumpeter, a.a.O. Aussi: Helen Bosanquet, Free Trade and Peace in Nineteenth Century, Kristiania, 1924.
  14. Boukharine, Imperialismus und Akkumulation des Kapitals. Unter dem Banner des Marxismus (Berlin), Jahrgang I, Heft 2 (selon N.Moszkowska, Das Marxsche System, Berlin 1929).
  15. Le mouvement actuel d’industrialisation en Turquie en est un bon exemple. Il est fortement influencé par l’idéologie du cercle d’intellectuels à Ankara, qui se groupe autour de la revue « Kadro » (cadre) et ressemble à l’ancien « cercle de la Tat » en Allemagne, à la seule différence que le cercle du « Kadro » est encore davantage inspiré par la Russie. Le cercle du Kadro est, tout comme le cercle de la Tat, extrêmement nationaliste/anti-capitaliste mais au même temps, comme leur modèle russe, antiromantique et technique-rationaliste. La pensée mentionnée dans le texte joue un rôle important dans l’idéologie du cercle du Kadro.
  16. Dans ce contexte, il faut rappeler que le commerce extérieur améliore les méthodes de production des pays qui y participent, vue que – par la division internationale du travail – il rend meilleur marché l’achat des produits. Nous devons renoncer à discuter plus en détail ces liens, qui sont d’ailleurs familiers à tout connaisseur de la théorie du commerce extérieur (théorie des coûts comparatifs).
  17. A côté des écrits célèbres de Norman Angell (The great illusion, Fruits of victory u.a) on a : B. Russell, Die Kultur des Industrialismus und ihre Zukunft, München 1923 ; Schumpeter, a.a O. ; L.Mises, Nation, Staat und Wirtschaft, Wien, 1919 ; S.Rubinstein, Herrschaft und Wirtschaft, München, 1930 ; R. Behrendt, Zur Grundproblematik des Kapitalismus, Zeitschrift für schweizerische Statistik und Volkswirtschaft, 69.Jahrgang, 1933 ; M.B.Hamunond, Economic Conflict in International Affairs, The American Economie Review, Marz 1933.
  18. La nouvelle science, qui se donne elle-même le nom de « géopolitique », est toujours fortement inspirée d’un romantisme géographique. On ne peut guère lire une étude géopolitique, sans tomber sur une confusion entre ‘imperium’ et ‘dominium’.
  19. W.Röpke, Sozialökonomische Betrachtungen über dem abnehmenden Bevölkerungszuwachs, Economist (hollandais), Haarlem, Jahrgang 1930, S.637 ff.; W.Röpke, Die sozialökonomische Bedeutung des abnehmenden Bevölkerungszuwaches, Magazin der Wirtschaft (Berlin), Nr.49 vom 5.Dezember 1930.
  20. M.Pantaleoni, Du caractère logique des différences d’opinions qui séparent les économistes, Genf, 1897.
  21. Notamment: Seillière, La philosophie de l’impérialisme, Paris, 1903-1908 ; R.Behrendt, Zur Grundproblematik des Kapitalismus, Zeitschrift für schweizerische Statistik und Volkswirtschaft, 69. Jahrgang, 1933, S.447 ff., R.Behrendt, Psychologie et sociologie du radicalisme politique, Revue des sciences politiques, 56. Band, 1933, S.550ff. ; W. Sulzbach, Nationales Gemeinschaftsgefühl und wirtschaftliches Interesse, Leipzig, 1929.
  22. Notamment: José Ortega y Gasset, Der Aufstand der Massen, Stuttgart. Des points importants aussi chez : S.Freud, Das Unbehagen in der Kultur, Wien, 1930.

wl:Wilhelm Röpke