George Orwell:Les méthodes d'oppression dans 1984

De Catallaxia
George Orwell
1903-1950
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Auteur inclassable
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"Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l'apparence de la solidité à ce qui n'est que vent."
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George Orwell:Les méthodes d'oppression dans 1984
Les méthodes d'oppression dans 1984


Anonyme
Analyse de Jeremy


I. Supprimer l'opposition :

I.1 Amour de la guerre :

Comme tout état totalitaire, le Parti encourage la mentalité de guerre, surtout parmi les membres du Parti. Bien que ces membres sachent que certaines nouvelles de guerre sont fausses, ou qu'il n'y a pas réellement la guerre, ils arrivent, grâce à la Doublepensée, notion que l'on va aborder en partie 2, à croire que la guerre a bien lieu, comme à croire à la victoire alors qu'elle n'est pas possible. Il existe des Semaines de la Haine, et des Chants de la Haine contre l'ennemi et d'énorme posters de soldats ennemis sont plaqués partout. Pendant les Semaines de la Haine, les habitant de l'Océanie attendent avec impatience les parades où défilent des prisonniers de guerre qui sont haineusement hués par la foule. Il existe aussi les Deux Minutes de la Haine pendant lesquelles sont régulièrement projetés des films de propagande à un public qui se rassemble à cette occasion à certains moment de la journée. A propos de ceci, on peut citer Winston, le héros du livre, p28 :

"L'horrible, dans ces Deux Minutes de la Haine, était, non qu'on fût obligé d'y jouer un rôle, mais que l'on ne pouvait, au contraire, éviter de s'y joindre. Au bout de trente secondes, toute feinte, toute dérobade devenait inutile. Une hideuse extase, faite de frayeur et de rancune, un désir de tuer, de torturer, d'écraser des visages sous un marteau, semblait se répandre dans l'assistance comme un courant électrique et transformer chacun, même contre sa volonté, en un fou vociférant et grimaçant. Mais la rage que ressentait chacun était une émotion abstraite, indirecte, que l'on pouvait tourner d'un objet vers un autre comme la flamme d'un photophore."

Finalement, l'amour de la guerre développe la haine contre l'ennemi, l'amour du parti, et la joie de voir triompher le Parti.

"Quand il s'asseyait dans l'alcôve, bien en arrière, WINSTON pouvait se maintenir en dehors du champ de vision du télécran."

I.2 Oppression Sexuelle :

Une autre méthode de contrôle de la société est le travail du Parti pour ôter tout plaisir de l'acte sexuel. Il existe en Océanie des organisations, telle que "la ligue anti-sexe des juniors", combattant pour le célibat complet des personnes des deux sexes. Le Parti essaye de tuer l'instinct sexuel, à défaut de le salir. De plus, tous les mariages entre membres du Parti doivent toujours être approuvés par un comité, et la permission est systématiquement refusée aux couples qui donnent l'impression de ressentir une attirance physique l'un pour l'autre. Le seul but officiel du mariage est d'engendrer des enfants voués au Parti. Ici, le but du Parti n'est pas simplement d'interdire aux hommes et aux femmes d'être fidèles l'un à l'autre, ce qu'il ne pourrait contrôler. Son dessein réel est d'enlever tout plaisir de l'acte sexuel. Ce n'est pas tant le caractère érotique de l'amour qui est l'ennemi, autant dedans qu'en dehors du mariage. Le Parti proclame que l'instinct sexuel produit un monde dépourvu de contrôle, et qui doit donc être détruit. Ceci s'explique par ce que dit l'héroïne, Julia, p198 :

"Quand on fait l'amour, on brûle son énergie. Après, on se sent heureux et on se moque du reste. Ils ne peuvent admettre que l'on soit ainsi. Ils veulent que l'énergie éclate continuellement. Toutes ces marches et contre-marches, ces acclamations, ces drapeaux flottants, sont simplement de l'instinct sexuel aigri. Si l'on était heureux intérieurement, pourquoi s'exciterait-on sur Big Brother, les plans de trois ans, les Deux Minutes de La Haine et tout le reste de leurs foutues balivernes ?"

I.3 Surveillance :

Une autre méthode pour garder l'individu dans une droite ligne de conduite est l'omniprésence du gouvernement. Le symbole récurrent de cette surveillance se révèle être Big Brother. Ainsi, de large posters avec le visage de Big Brother aux cheveux et à la moustache noirs (ce qui fait penser entre parenthèses à Staline) sont posés partout, avec la mention souscrite : "Big Brother vous regarde". Ce slogan porte deux sens : la protection, qui est le sens explicite, et la surveillance continuelle implicitement. En effet, ici, le verbe "regarder" suggère protéger, abriter, encourager mais aussi épier, espionner, guetter, comme les patrouilles de police. Winston, le héros, dit à propos de l'omniprésence de Big Brother p44 :

" Sur les pièces de monnaie, sur les timbres, sur les livres, sur les bannières, sur les affiches, sur les paquets de cigarettes, partout ! Toujours ces yeux qui vous observaient, cette voix qui vous enveloppait. Dans le sommeil ou la veille, au travail ou à table, au-dedans ou au-dehors, au bain ou au lit, pas d'évasion. Vous ne possédiez rien, en dehors des quelques centimètres cubes de votre crâne." Dans le domaine de la surveillance, les télécrans sont les outils les plus importants et les plus efficaces. Ce sont des écrans géant placés un peu partout, dans des endroits autant publics que privés, et transmettant des images de Big Brother, la propagande du Parti, des nouvelles de la Guerre, de la musique, des discours politiques, les divertissements, mais aussi des yeux discrets sur les membres du Parti, surveillant les symptômes du Crime par la Pensée. Ces écrans transmettent et reçoivent simultanément.

La famille est aussi une extension à la police de la pensée. Les enfants sont systématiquement dirigés contre leurs parents, au moyen de la Ligue des Jeunes et des Espions, pour les espionner et rapporter leurs écarts. La description de ces activités est semblable au mouvement des jeunesses hitlériennes. Tout le monde est surveillé nuit et jour par des indicateurs qui peuvent être des intimes. Espionner son voisin est encouragé ;. Même dénoncer son conjoint, ses parents, ses amis est courant. Ainsi, tout le monde vit dans la peur soit d'être découvert, soit que ses actions soient mal interprétées comme étant une rébellion contre le Parti. Ces circonstances font qu'un membre du Parti vit sous la surveillance constante de la Police de La Pensée. Ou qu'il soit, quoi qu'il fasse, en train de dormir, travailler, déjeuner, dans la douche, il peut être contrôlé sans préavis et sans en connaître la raison. Non seulement une rébellion franche contre Big Brother, mais encore quelque excentricité, même minime, un changement d'habitude, un comportement nerveux pouvant être symptôme d'une lutte intérieure, est toujours détecté. Le Libre-arbitre n'existe pas puisque le Parti arrive même à contrôler la Pensée. Et si un membre du Parti n'a pas les bonnes opinions, les bons instincts (il faut préciser entre parenthèses que beaucoup de règles ne sont pas dites explicitement, mais qu'elles sont inculquées aux membres du parti depuis l'enfance), la Police de la Pensée enlève la personne au milieu de la nuit (comme le faisaient les Nazis pour envoyer les gens dans les camps de concentration). Selon Winston, p33:

"C'était toujours la nuit. Les arrestations avaient invariablement lieu la nuit. Il y avait le brusque sursaut du réveil, la main rude qui secoue l'épaule, les lumières qui éblouissent, le cercle des visages durs autour du lit. Dans la grande majorité des cas, il n'y avait pas de procès, pas de déclaration d'arrestation. Des gens disparaissaient, simplement, toujours pendant la nuit. Leurs noms étaient supprim&e acute;s des registres, tout souvenir de leurs actes était effacé, leur existence était niée, puis oubliée. Ils étaient abolis, rendus au néant. Vaporisés, comme on disait."

Ils sont emmenés au ministère de l'Amour, où ils subissent des tortures les amenant à renier leurs opinions, leurs sentiments, à n'être fidèles qu'à Big Brother, après quoi ils sont le plus souvent vaporisés et deviennent des non-êtres.

II. Limiter l'esprit humain :

II.1 Novlangue:

En plus de la surveillance constante, le Parti travaille à rendre le crime par la pensée impossible en créant le Novlangue (qui est expliqué dans l'appendice de 1984). Le Novlangue est le langage officiel de l'Océanie, et doit normalement remplacer totalement l'Anglais vers les années 2050. Le novlangue, ou nouveau langage, a trois vocabulaires. Le vocabulaire A intègre les mots pour désigner les activités de tous les jours comme manger, boire, travailler. Il contient de simples noms et verbes réduits à leurs sens primaire, par exemple sucre, maison, arbre. La grammaire de ce vocabulaire est construite de telle façon à ce qu'un mot puisse être utilisé comme un nom, un verbe, un adjectif, un adverbe. En ajoutant préfixes et suffixes, le sens du mot peut être changé.

Le vocabulaire B est construit pour l'utilisation politique. Il sert à promouvoir les pensées justes de Big Brother. Des mots comme justice, démocratie, religion sont abolis, ou réduits aux simples mots Ancienne pensée ou crime par la pensée. Le Vocabulaire C désigne les termes techniques et scientifiques, mais dépourvus de tout sens idéologique. Le but de ce vocabulaire est de spécialiser et de classifier la connaissance, pour que les scientifiques soient cantonnés à leur spécialité, et n'en connaissent pas trop. Syme, un personnage du livre travaillant au Département de la Recherche du Ministère de la Vérité, aide à la création de la onzième version du Dictionnaire Novlangue. Dans un passage, on le trouve à discuter avec Winston à propos de la construction du Novlangue p79 :

"Ne voyez-vous pas que le véritable but du Novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n'y aura plus de mots pour l'exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera rigoureusement délimité. Toutes les significations subsidiaires seront supprimées et oubliées. Déjà, dans la onzième édition, nous ne sommes pas loin de ce résultat. Mais le processus continuera encore longtemps après que vous et moi serons morts. Chaque année, de moins en moins de mots, et le champ de la conscience de plus en plus restreint".

Le but du Novlangue est bien évidemment de brider la pensée. Quand le Novlangue sera réellement utilisé par tous, les gens n'auront pas de mauvais raisonnements puisqu'ils n'auront pas les mots pour les penser. La Déclaration d'Indépendance, par exemple, est intraduisible en Novlangue, car elle exprime des idées abstraites et contraire aux idées du Parti. Si on devait en faire une traduction, ce serait Crime par la Pensée. Quand le mot "Ancilangue" sera lui aussi oublié, tout lien avec l'histoire et sa littérature sera définitivement rompu. Le gouvernement croit ainsi qu'un vocabulaire limité limite les pensées et les actions.

II.2 Blancnoir, Arrêtducrime et Doublepensée:

Le Parti a développé d'autres méthodes en plus que le Novlangue pour limiter l'esprit humain. Le peuple d'Océanie reste infailliblement sur le point de vue que Big Brother est omnipotent et que le Parti est infaillible.

Comme beaucoup de mots Novlangues, Blancnoir a deux sens contradictoires. Appliqué à un ennemi, il exprime l'habitude de dire que le noir est blanc, d'être en contradiction avec les faits. Appliqué à un membre du Parti, il emporte l'idée de soumission loyale au parti de dire que noir est blanc que la discipline le demande. Il exprime aussi l'aptitude à croire que le noir est blanc, et plus encore, d'être "conscient" que le noir est blanc, et d'oublier que cela n'a jamais été le cas.

L'autre mot, Arrêtducrime, signifie la capacité de stopper les pensées dangereuses. Il inclut le pouvoir de ne pas saisir les analogies, de ne pas détecter les erreurs de logique, de ne pas comprendre certaines idées si elles sont contraires à l'Angsoc, les idées du Parti. Arrêt du crime signifie pour résumer : "Stupidité protectrice". La dernière chose mais pas la moindre, la Doublepensée. La Doublepensée est l'aptitude à avoir deux convictions contradictoires simultanément à l'esprit. La Doublepensée est la capacité de dire des choses que l'on sait fausses, mais plus encore, d'en être persuadé, d'oublier totalement toute chose qui serait en contradiction, pour autant que le Parti requiert dans certains cas qu'il faut oublier la réalité bjective. C'est ce que l'on peut voir à p55 :

"Son esprit s'échappa vers le labyrinthe de la double-pensée. Connaître et ne pas connaître. En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, émettre des mensonges soigneusement agencés. Retenir simultanément deux opinions qui s'annulent alors qu'on les sait contradictoire et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu'on se réclame d'elle. Croire en même temps que la démocratie est impossible et que le Parti est gardien de la démocratie. Oublier tout ce qu'il est nécessaire d'oublier, puis le rappeler à sa mémoire quand on en a besoin, pour l'oublier plus rapidement encore. Surtout, appliquer le même processus au processus lui-même. Là était l'ultime subtilité. Persuader consciemment l'inconscient, puis devenir ensuite inconscient de l'acte d'hypnose que l'on vient de perpétrer. La compréhension même du mot "Double-Pensée" impliquait l'emploi de la double-pensée."

Winston connaît un sort tragique. Il est observé à son insu par une caméra : le télécran.

II.3 Révisionnisme :

Les méthodes que nous venons de citer marchent pour peu qu'elles soient complétées par une quatrième : l'altération du passé. Ce travail est effectué au ministère de la Vérité, dans la section des enregistrements, où travaille Winston. Ainsi, tous les jours, des gens comme Winston sont occupés à détruire de vieux documents et à en créer de nouveaux pour que le passé soit en accord avec la politique du parti. En outre, tout ce qui a été imprimé avant 1960 a été détruit par le Parti. Autodafé.

Un bon exemple d'altération du passé est le travail qu'a eu à faire Winston un jour. L'ordre qu'on lui avait donné en Novlangue était : "times 3.12.83 report ordrejour bb plusnonsatisf. Ref nonêtres récrire entier soumhaut avantclassement" qui est rendu ainsi en Ancilangue : "Le compte rendu de l'ordre du jour de Big Brother dans le numéro du journal le Times du 3 décembre 1983, est extrêmement insatisfaisant et fait allusion à des personnes non-existantes. Récrire en entier et soumettre votre projet aux autorités compétentes avant d'envoyer au classement." Ici, il s'agit d'un ancien héros du Parti, cité dans un discours de Big Brother, qui a mystérieusement disparu, sans doute vaporisé par la Police de la Pensée. Il devient alors un non-être et doit être retiré de tous les enregistrements.

Pages correspondant à ce thème sur les projets liberaux.org :

Ce procédé d'altération continuelle n'est pas appliqué seulement au journaux, mais aussi aux livres, périodiques, pamphlets, posters, prospectus, films, chansons, dessins animés, photographies, à toute sorte de littérature ou documentation qui pourrait contenir quelque signification idéologique ou politique. Ainsi, toutes les prédictions faites par le Parti peuvent être démontrés comme étant exactes avec l'appui de ces documents. La parti la plus importante du département des enregistrements, est faite simplement de personnes dont le travail est de réunir toutes les copies de livres, journaux, ou tout autre document qui doit être mis à jour. Ce "réajustement" du passé s'explique par le besoin de préserver l'infaillibilité du parti. Tous les discours, les statistiques, les enregistrements de toutes sortes doivent être constamment mis à jour pour montrer que les prédictions du Parti sont exactes dans tous les cas. Sans référence au passé pour comparer, tout le monde se contente du présent système. Changer les enregistrements contribue à maintenir l'infaillibilité du Parti et de Big Brother, en enlevant tout ce sur quoi le Parti pouvait avoir tord. En contrôlant le passé, le Parti contrôle l'esprit de ses membres. Comme le Part possède la Vérité Absolue, les mémoires doivent être netraînées à oublier l'ancien et accepter le nouveau au moyen de la double-pensée. Le Parti est construit sur l'irréalité, ou sur de la folie contrôlée. Les gens fous ne posent pas de dangereuses questions. Ceci explique alors le dernier slogan du Parti : "L'ignorance, c'est la Force."

Jeremy


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