Les Quatre Vérités - Numéro 116 - Entreprenants de toutes les activités, unissez-vous

De Catallaxia


Les Quatre Vérités - Numéro 116 - Entreprenants de toutes les activités, unissez-vous
Entreprenants de toutes les activités, unissez-vous


Anonyme
Michel Drancourt


Article paru dans le numéro 116 (septembre 1984) des Quatre Vérités, revue publiée entre 1974 et 1994 par Michel Drancourt, Yvon Gattaz, Octave Gélinier et Jacques Plassard

Dix pour cent de personnes animent la société. Ce ne sont pas toujours les mêmes. Il arrive que des animateurs deviennent suiveurs et réciproquement. Il n’en demeure pas moins qu'un Français sur dix fait « marcher la machine ».

Ce constat n'a rien de scandaleux. Si tout le monde prétendait à diriger les actions, à entreprendre, à se singulariser, nous vivrions en pleine cacophonie. Déjà il n'est pas commode de concilier les aspirations de ceux qui prétendent jouer un rôle social, économique et politique !

Pour préparer l'avenir, il faut souhaiter que les « entrepreneurs » aient entre eux un langage commun à défaut d'avoir un objectif commun. Les entreprenants sont les hommes et les femmes qui dans leur activité assument des responsabilités, engagent plus qu'eux-mêmes par leur décision. Ce sont bien sûr des chefs d'entreprise, ceux, à tout le moins, qui ne ce contentent pas d'être des sous-traitants passifs ; ce sont les cadres des entreprises ou des administrations. Tous n'ont pas des titres ronflants : un agent technique ou un chef de petite équipe peut être un entreprenant, de même qu'une secrétaire de direction. Parmi les entreprenants, il faut compter des commerçants, des artisans, des exploitants agricoles, à tout le moins, ceux qui ne se contentent pas de toucher des subventions et dont l'action va un peu plus loin que le barrage sur les routes. Les membres des professions libérales sont souvent des entreprenants parce qu'agent d'assurance, médecin ou architecte, ils ont la charge d'un personnel et surtout conçoivent leur travail comme s'ils avaient une entreprise à diriger dont il faut « assurer les fins de mois ».

  • Le sens du risque

La première caractéristique des entreprenants, c'est que là où ils sont, ils prennent des décisions et aident les autres à en prendre. Ce sont des gens qui s'engagent. Ils n'agissent pas seulement au jour le jour. Ils prévoient. Ils ont aussi conscience des échéances et de la « valeur des sous ».

La deuxième caractéristique des entreprenants est qu’ils acceptent la notion de risque et la logique des sanctions positives ou négatives qui l'accompagnent. Un entreprenant, au fond de lui-même, si le système fiscal l'autorisait, préférerait les rémunérations par participation aux résultats aux rémunérations fixes. On sait que différents modes de participation ont pour ambition de transformer en entreprenants un nombre plus importants de salariés.

La troisième caractéristique des entreprenants est, ou devrait être, qu'ils abordent les problèmes avec lucidité et un certain optimisme. Ils savent les difficultés. Ils ne se lamentent pas sur leur réalité. Ils essayent en permanence de les surmonter. l'entreprenant est celui qui, pour un problème posé, dit « qu'est-ce qu'on fait pour le résoudre » alors que bien des gens passent leur temps à dire « Ah la la ! »

Les entreprenants ont besoin d'une certaine idéologie. Pendant longtemps, ce fut celle de l'expansion. Pendant une partie du XIXe siècle, ce fut celle de la supériorité de la science et ensuite de la conquête du monde par l'homme blanc.

  • Le besoin d'idées

Les entreprenants d'aujourd'hui sont parfois à court d'idéologie. On doute de la science. On s'inquiète de l'avenir de l'homme blanc et on sait que l'expansion a ses limites. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas, en permanence, un besoin de produire plus et mieux. Cela ne veut pas dire que notre histoire s'arrête. Les entreprenants de notre pays ont à mieux prendre conscience des risques de déclin qui menacent nos sociétés européennes et à décider de les surmonter.

Pour qu'un mouvement significatif se produise, il faudrait qu'ils se rencontrent, qu'ils se parlent, qu'ils cherchent, sinon à concilier tous leurs intérêts, parfois contradictoires, à tout le moins, à préciser entre eux des objectifs ambitieux. « Le pourquoi nous combattons » a toujours sa raison d'être. Ils doivent savoir pourquoi ils combattent.

Ils se trouvent en présence de machines bureaucratiques dont la force vient de ce qu'elles prétendent défendre les intérêts du plus grand nombre alors qu'elles servent surtout quelques castes et quelques intérêts. La montée de l'Etat dans ce qu'il a d'insupportable résulte d'une insuffisante présence politique des entreprenants. Embarqués dans leurs tâches quotidiennes, ils se donnent bonne conscience en réalisant bien ce qu'ils croient avoir à faire, mais en oubliant l'essentiel : le cadre dans lequel ils agissent. Combien d'entreprenants ont eu leurs efforts sciés par des lois ou des changements politiques.

Les entreprenants ne peuvent pas donner le meilleur d'eux-mêmes dans n'importe quel environnement politique et social. Par nature, ils doivent promouvoir les valeurs de la personne, de la responsabilité, de la liberté des choix et des contacts. Ils sont les porteurs des valeurs démocratiques. A eux de s'en rendre compte et de le faire savoir.

Michel Drancourt

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