Bertrand de Jouvenel:Biographie

De Catallaxia
Bertrand de Jouvenel
1903–1987
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Auteur Libéral classique
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« Le Minotaure mobilise la population, mais c'est en période démocratique qu'a été posée le principe de l'obligation militaire. Il capte les richesses mais doit à la démocratie l'appareil fiscal et inquisitorial dont il use. Le plébiscite ne confierait aucune légitimité au tyran si la volonté générale n'avait été proclamée source suffisante de l'autorité […]. La mise au pas des esprits dès l'enfance a été préparée par le monopole, plus ou moins complet, de l'enseignement. L'appropriation par l'Etat des moyens de production est préparée dans l'opinion. »
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Bertrand de Jouvenel:Biographie
Biographie de Bertrand de Jouvenel


Anonyme
Analyse de Cécile Romane


Grand visionnaire de l'écologie, libéral en économie comme en politique ou en culture, ce brillant causeur aux multiples visages a été, avec le groupe Futuribles, l'un des pionniers de la prospective. Mort il y a dix ans, il séduit encore, toutes colorations politiques confondues.

Le public de la dix-septième chambre du tribunal correctionnel de Paris a droit, le 17 octobre 1983, à un cours d'histoire sur les années trente et la Seconde Guerre mondiale, administré par un maître en la matière : Raymond Aron. Le vieux philosophe est venu défendre l'honneur de Bertrand de Jouvenel, diffamé dans un livre qui le traite de "fasciste" et de "pro-nazi". Non, Jouvenel n'est ni l'un ni l'autre, le prétendre relève de l'amalgame. Il est bien plutôt "l'un des deux ou trois premiers penseurs politiques de sa génération". Aron n'est pas là pour faire du sentiment mais pour corriger une erreur historique. "C'est vrai que nous, les hommes de cette génération, nous étions désespérés de la faiblesse des démocraties. Nous sentions venir la guerre. Certains ont rêvé de quelque chose d'autre, qui supprimerait cette faiblesse", déclare notamment Aron à la barre des témoins. Puis il sort du Palais de justice, s'engouffre dans la voiture qui l'attend, et meurt.

Jouvenel a du mai à encaisser cette fin brutale : Aron et lui se connaissaient depuis soixante ans, depuis les séances de la SDN, la Société des nations, à Genève, où M. de Jouvenel père, représentant de la France, emmenait son jeune fils.

Bertrand de Jouvenel, admiré depuis très longtemps dans le monde anglo-saxon connne un immense philosophe politique, est aussi un maître à penser en France. Écologistes comme libéraux de droite et de gauche le reconnaissent pour l'un de leurs guides. Parmi ses trente-sept livres, Du pouvoir reste une référence. Jouvenel est d'ailleurs, avec Hayek et Rueff, le fondateur de ce club d'intellectuels libéraux qu'est la Société du Mont Pèlerin. Nombre de jeunes économistes ont senti poindre leur vocation en découvrant son analyse des États et en suivant ses cours. Il a compris le premier que la gestion de l'environnement revêtait une importance politique. Et enfin, il s'est fait le promoteur de la prospective.

"Au XXe siècle, le capital sera la vache à lait du travail"

Né en 1903 (et mort en 1987), il livre en décembre 1929, alors jeune journaliste, une réflexion sur l'année française qui épate toujours par sa pertinence. Il est contre la ligne Maginot, pour une armée mobile. Il dénonce la minable modernisation : cinq bataillons motorisés en tout et pour tout, pourvus aux quatre cinquièmes, "en vertu de nécessités budgétaires", de simples bicyclettes ! Le nombre exagéré d'officiers lui fait conclure : "On aurait tort de croire que la défense nationale puisse être assurée entièrement par des généraux, des chevaux et des trous dans la terre." Bien vu ! lors de la débâcle de 1940, les civils fuient en voiture et l'armée se replie à pied. Jeune, Jouvenel s'enthousiasme pour l'art de la guerre, où s'exprime la logique de l'action. Il a étudié le calcul des probabilités, il est fasciné par la logique. C'est la constante que l'on retrouve dans son oeuvre prospective : appel à la gestion patrimoniale de l'environnement, vision de l'économie, observation du pouvoir. Dans tous ces domaines, il tire les conclusions logiques des faits - comportements, prix, orientations politiques.

En 1928, dans son livre L'Economie dirigée - Le programme de la nouvelle génération, il voit dans l'ouvrier nouveau suscité par l'exode rural quelqu'un dont l'ensemble des besoins ne peut plus se couvrir que par échange monétaire. Il convient donc, dit-il, de regarder l'ouvrier sous son aspect de consommateur. L'emploi devient un problème vital : il en déduit la nécessité d'une protection syndicale. Il lance une formule lapidaire, mais en avance sur son temps de plusieurs dizaines d'années : "Au XIXO siècle, le travail a été la vache à lait du capital, au XXI, le capital sera la vache à lait du travail."

Comment quelqu'un d'aussi visionnaire et d'aussi attaché aux conséquences logiques a-t-il, pour lui-même, manqué parfois de prévoyance ? Dans son oeuvre, il est revenu sur ce qu'ü appelle ses "faux-pas", pour mettre en garde la jeunesse contre les choix erratiques. Il raconte comment, aveuglé par sa préoccupation pour les chômeurs, il a cru pouvoir, avant la guerre, parler en bien de Hitler à ce sujet, puis suivre un temps Doriot au RPF avant que celui-ci ne vire fasciste et collabo. Entré ensuite dans les services du renseignement, Jouvenel espionne son ancien ami Otto Abetz, devenu le représentant allemand dans Paris occupé. Ce mélange malencontreux d'erreurs d'appréciation et de pur héroïsme laissera quelques traces qu'il a regrettées. "J'avais tort, écrit-il, mais je mettais mon amour-propre à tenir pour négligeable la compréhension de l'ego, alors que la scène du monde appelait mon attention passionnée."

Malgré la distorsion entre I'oeuvre et son auteur, on ne résiste pas au plaisir d'évoquer l'homme. Le séducteur, le professeur à Sciences - Po, l'amoureux des arbres, le visionnaire intuitif, le lettré qui parle latin, le boxeur amateur au nez droit, le mondain invité à un bal à la cour d'Angleterre, le causeur spirituel et gai, qui peigne parfois sa barbe en public et porte des chandails troués aux coudes. "Ondoyant Narcisse", comme le désigne Jean-François Revel. "Ambigu, dit une de ses amies, on ne savait pas s'il était de droite ou de gauche." Flou sans doute, il s'en vante parfois. Dans sa jeunesse, quand il estime être, comme ses amis Malraux et Drieu la Rochelle, l'homme d'une seule femme sans que ce soit toujours la même. Dans sa vieillesse, lorsqu'il écrit que la force de caractère n'est pas son don, ni la discipline intérieure. Les parents de Bertrand de Jouvenel se séparent tôt. Bertrand vit avec sa mère, très lancée dans le monde littéraire et politique. Un jour, il fait la connaissance de la nouvelle femme de son père, Colette, l'écrivain. Elle a la quarantaine, il a dix-sept ans, il est ébloui, elle est troublée. Jouvenel s'est toujours défendu d'être le héros de Chéri, ce gigolo cruel, mais il concède avoir inspiré Le blé en herbe à sa sensuelle belle-mère. C'est elle qui lui apprend à découvrir la vie, les fleurs, les arbres, les couleurs et les parfums, la mer, la littérature. Henry de Jouvenel, le père, dirige le journal Le Matin et fait une carrière politique. Quand il emmène son fils avec lui à la SDN en 1923, le jeune homme s'enthousiasme pour "le climat moral grisant" et le "frémissement d'espérance" du monde nouveau qui se crée là. Bertrand de Jouvenel a la chance d'assister aussi, à vingt ans, aux conversations de son père avec les diplomates anglais. Il est même propulsé vice-président de la Fédération internationale des étudiants pour la SDN.

Le jeune homme veut devenir journaliste. Son père le place comme apprenti. Secrétaire auprès du ministre tchécoslovaque Edvard Benes, à Prague, et passe quelques mois au palais de la présidence, le Hradcany, château royal de Prague. Il s'agit en même temps de l'éloigner de Colette. Toute la longue jeunesse de Bertrand de Jouvenel semble résumée dans ce stage : introductions auprès des hommes qui font l'événement, entregent, richesse, châteaux et embrouilles familiales. Il devient grand reporter et parcourt le monde pour les journaux les plus importants, Paris-Soir, Le Petit Journal, Marianne d'Emmanuel Berl ou le beau magazine Vu. Le grand reportage représente pour lui le summum du journalisme, et pour en réussir, un sur une campagne électorale, il va jusqu'à se présenter lui- même au printemps 36, candidat "néo-socialiste" dans la Gironde où il est sûr de ne pas être élu.

Pourquoi ne pas comptabiliser l'oxygène dans le produit intérieur brut ?

Bertrand de Jouvenel considère le chômage des autres comme une insulte personnelle. Dès la fin des années vingt, il réclame que le gouvernement se dote d'un outil statistique sérieux sur la question. Toujours cette vision logique : pour résoudre le problème, il faut connaître l'énoncé à fond. Sa visite de la Grande-Bretagne et des États-Unis en pleine crise au début des années trente lui révèle la misère où tombent les populations sans protection sociale, les familles entassées dans des guimbardes partant à des milliers de kilomètres chercher pitance, les soupes populaires, les gens dormant dans les jardins publics : "J'en ai voulu aux économistes de montrer une sérénité choquante à l'égard de tels événements." Aux politiciens aussi. L'attitude face au chômage devient son étalon de mesure du comportement des responsables, le critère de ses orientations. Dans les années quatre-vingt, il parcourt encore assidûment les bureaux de l'ANPE de son département pour se rendre compte. La préoccupation permanente de Jouvenel, qui lit et relit Rousseau, c'est le contrat social, le lien entre individu et société, le bien commun.

Bertrand de Jouvenel appartient à la Commission des comptes de la nation pendant la période d'expansion formidable des années soixante. Au grand étonnement de ses interlocuteurs, il fait remarquer qu'on ne comptabilise pas l'oxygène dans le produit intérieur brut. Ce gaz est gratuit, c'est vrai, mais il s'agit pourtant bien d'une matière première que l'industrie utilise en abondance. De même, fait valoir Jouvenel, le travail domestique, gratuit lui aussi, coûterait plus cher que le travail monétarisé s'il fallait subitement le rémunérer, et il convient donc de l'intégrer au calcul du PIB Et lorsqu'on coupe un arbre pour le vendre, enrichit-on la nation ou l'appauvrit-on ? Enfin, il ajoute à sa critique de la comptabilité nationale qu'on devrait tenir pour positive la pollution, puisqu'elle induit du travail pour s'en défaire. Il entend ainsi montrer à quel point la vision économique des choses a ses limites. Car, dit-il, le produit intérieur brut n'est pas le bonheur national brut. L'économie n'est pas une fin en soi, l'activité humaine a le bien-être pour objectif supérieur.

Après les privations de la guerre, la France pénètre avec entrain dans la société de consommation. On s'équipe, comme on dit alors, lorsqu'on s'achète un réfrigérateur. On abandonne les vieilleries, on aime les transistors à piles, le plastique, le Nylon, le vinyle et le polystyrène, on se simplifie la vie avec les produits jetables. Chacun jouit gaiement du progrès dans l'abondance. Bertrand de Jouvenel possède l'étonnante faculté de voir de façon différente les faits sociaux. Dans les objets périssables, il reconnaît le goût du confort, comme tout le monde, mais il y discerne aussi un véritable culte de l'éphémère. Il n'est pas le seul, mais son raisonnement va au-delà. Il pense qu'une telle disposition d'esprit n'incite pas à la bonne gestion du patrimoine écologique qu'fl faudra transmettre aux descendants. La question de l'environnement sera un problème politique, il en est sûr. A ce moment, les biens de la nature paraissent encore inépuisables, mais Jouvenel s'interroge déjà sur leur apparente gratuité. Ce point de vue le conduit à une réflexion originale sur le temps et la durée. La durée, facteur négligé dans la décision en matière économique : on considère l'instant précis de l'action, à la rigueur l'année fiscale, et dans le meilleur des cas, le temps du mandat électoral. Et voilà pourquoi, pour en venir aux arbres chers à Bertrand de Jouvenel, les pouvoirs publics préfèrent planter des espèces à croissance rapide, résineux et peupliers, au lieu d'essences dures à croissance lente.

Du pin au chêne, le raisonnement de Jouvenel saute à la prospective : il faut évaluer ce qui risque d'arriver pour se tenir prêt ou s'adapter. Il pense principalement à des applications économiques et sociales de la politique ordinaire, mais insiste sur l'intérêt "d'apprécier la probabilité d'un drame politique". Il faut comprendre si, pour un problème donné, on s'avance vers un "futur dominable" ou si, au contraire, on s'achemine vers un "futur dominant", auquel cas il faudra se mettre à l'abri. Pour la seconde circonstance, "l'exemple symbolique est Noé, l'exemple hélas trop historique, les israélites d'Europe en 1939", écrit- il (en se remémorant peut-être le consul britannique à Munich qui lui annonçait en 1933 que les nazis tueraient tous les juifs, et qu'il n'avait pas cru).

Prévoir pour ne pas subir : apprenons par les erreurs des grands hommes

Comment envisager les changements à venir ? L'idée la plus simple qui se présente à l'esprit, explique Jouvenel, c'est le prolongement de la tendance actuelle, l'impression "que demain va différer d'aujourd'hui de la même manière qu'aujourd'hui diffère d'hier". Pour détruire cette illusion, Jouvenel cite le Mémoire sur le calcul des probabilités de Condorcet qui annonce, en 1784, "moins de grandes révolutions à attendre dans l'avenir qu'il n'y en a eu dans le passé" et même que "les guerres et les révolutions deviendront à l'avenir moins fréquentes". "Apprenons par les erreurs des grands hommes", propose Jouvenel en commentant aussi son cher Rousseau qui prévoyait la ruine de l'Angleterre pour 1780. Vient une fois encore la réflexion sur l'importance du temps. Après la durée, il faut aussi considérer la vitesse d'un changement. Dans une utopie de Swift, fait remarquer Jouvenel, il est question du progrès qui permettra à un homme de faire le travail de dix. Ce sera vrai, mais deux siècles plus tard. Paradoxe, le contemporain de Swift qui n'y croit pas du tout est donc plus proche de la réalité que celui qui pense cela réalisable en une génération.

"Je refuse le terme de futurologie, écrit Jouvenel, car elle se propose comme une science nouvelle." Féru de sciences exactes, il pense qu'un tel domaine exclut, par nature, la certitude scientifique. Il ne se prend pas pour un oracle et prône la prudence : "Il faut craindre moins le scepticisme que la crédulité." Il s'agit non de prophétiser nais d'aider des hommes libres et responsables à assumer les conséquences de leurs décisions.

Premier principe : ne pas découper les problèmes en tranches pour les faire coincider avec les disciplines académiques. Jouvenel tend toujours à la vision globale. Deuxième principe : pour envisager les futurs possibles, il faut étudier à long terme. De toute façon, on n'aura jamais aucun pouvoir sur ce qui arrivera la semaine prochaine. Car, à la dernière minute, il n'y a plus de choix. Troisième principe : décider. Comme les changements s'accélèrent, les dossiers s'empilent sur les bureaux de gens débordés qui ne peuvent plus prendre que les décisions urgentes. Pourtant, il faut tâcher d'apercevoir les problèmes en formation et choisir la conduite à tenir lorsqu'il en est temps. Prévoir pour ne pas subir. Comment nommer cette idée ? Ce sera le groupe Futuribles. Néologisme imité du surréalisme ? Point du tout. Mot-valise forgé au XVI, siècle par le théologien jésuite espagnol Molina. le molinisme, théorie du libre-arbitre, n'est pas sans rapport avec la pensée générale de Jouvenel, par ailleurs catholique croyant. Il est convaincant lorsqu'on évoque l'avenir comme champ de liberté et de pouvoir. Il décroche cinq ans de subsides de la fondation Ford, intéresse le CNPF, la DATAR. Futuribles passe quelques années somptueuses dans un hôtel particulier de la rue des Saints-Pères, qui deviendra celui de Bernard Tapie. Les pouvoirs publics finissent par laisser tomber quand les nouveaux hauts fonctionnaires sont moins sensibles au sujet. Bertrand de Jouvenel perd aussi plusieurs soutiens appréciables dans le patronat lorsqu'il prend parti, à la surprise générale, pour l'Union de la gauche socialo-communiste contre Giscard.

Entrepreneurs et planificateurs, pensez aux arbres suivant la vision globale de jouvenel

Sous l'impulsion du fils, Hugues de Jouvenel, le groupe Futuribles a pris, depuis, son essor international, riche de 350 correspondants, sentinelle de la veille prospective pour 70 pays. Son forum prévisionnel, selon le terme cher à Jouvenel, abrite des réunions mensuelles. Sa banque de données englobe les travaux de prospective dans le monde. Et en France, un certain nombre de collectivités locales, de banques et de grands groupes industriels profitent de ses études sur le développement, l'énergie, les technologies, l'emploi.

Mais ce n'est pas tout, la prospective a encore de l'avenir. Trente ans après Futuribles, René Monory crée l'Observatoire du changement social en Europe occidentale, bien entendu basé au Futuroscope de Poitiers. Les publications paraissent en librairie en France, au Royaume Uni et en Italie et ne sont pas réservées au public spécialisé.

Pages correspondant à ce thème sur les projets liberaux.org :

De leur côté, ministères et grandes entreprises s'offrent parfois des départements de prospective, soigneusement morcelés dans leur pré carré. Pourtant, si on se remémore le vieux Rapport sur la forêt, remis au gouvernement par Jouvenel en décembre 1977, on comprend la nécessité de sa vision globale. Tout y est. Il déplorait que la France exporte son bois en grumes pour le réimporter sous forme de meubles. Il recommandait qu'on encourage la création d'une industrie du meuble. Il voyait dans le travail forestier un gisement d'emplois pour résorber le chômage des jeunes et préconisait 80.000 embauches immédiates. Que nous dit aujourd'hui l'Office national des forêts ? Qu'au moment du rapport, la forêt française faisait vivre environ 12.000 ouvriers, contre 5.000 en 1995. Son contrat d'objectif avec l'État l'engage à "maîtriser la masse salariale". Et telle une contrée à peine décolonisée qui brade ses matières premières, incapable de promouvoir l'industrie locale, la France exporte son bois en troncs pas même écorcés vers l'Italie, la Belgique, la Suisse, l'Allemagne. Comme avant. Et elle leur achète des meubles. Un fabricant belge nous vend d'ailleurs du mobilier taillé dans de vieilles traverses de chemin de fer, du bon chêne massif bien sec, que la SNCF lui cède à bas prix. Un mois après la remise de son rapport, pourtant concocté avec un dirigeant de l'Office national des forêts, Bertrand de Jouvenel pensait que ses recommandations ne seraient pas suivies d'effet. Il ne s'est pas trompé. N'y a-t-il personne pour tenter de lui donner tort ? Il croyait à "l'économie dirigée". Dans son esprit, l'expression s'appliquait autant à la critique du libéralisme à tout crin - il voulait un pilote dans le navire - qu'à la critique de l'économie administrée - il voulait laisser sa place au marché. Alors, libres entrepreneurs comme planificateurs, pensez aux arbres suivant la vision globale de Jouvenel. Ils portent sur leurs branches l'emploi des jeunes forestiers, la filière du bois, l'industrie du papier, du meuble, l'agrément des promeneurs et le recyclage du gaz carbonique. Et si vous voulez laisser un bon souvenir à nos descendants, plantez donc des chênes. Qui sait ce que l'avenir leur réserve ?

Cécile Romane

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