Friedrich Nietzsche:Nietzsche était un libéral

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Friedrich Nietzsche
1844-1900
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Auteur inclassable
Citations
« Les institutions libérales cessent d'être libérales aussitôt qu'elles sont acquises : il n'y a, dans la suite, rien de plus foncièrement nuisible à la liberté que les institutions libérales. (...) Car, qu'est-ce que la liberté ? C'est avoir la volonté de répondre de soi. (...) Le type le plus élevé de l'homme libre doit être cherché là, où constamment la plus forte résistance doit être vaincue : à cinq pas de la tyrannie, au seuil même du danger de la servitude. »
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Nietzsche était un libéral


Anonyme
Analyse de Lafronde


Nietzsche en dépit des critiques et des minables tentatives de récupération marxiste était un individualiste avant l'heure dans une tradition libérale qui n'a rien à envier à la pensée d'un Tocqueville.

Tout d'abord, Nietzsche a toujours fustigé l'instinct des êtres grégaires qui selon lui ont "tendance à s'unir" autant que les forts "ont tendance à se séparer" (Généalogie de la morale), ainsi "l'esprit libre" ne baigne pas dans un conformisme et une promiscuité auxquels se livre le "brave bétail grégaire" (Ecce Homo).

La joie de vivre de l'individu nietzschéen, le surhomme, se trouve être dans l'émancipation sociale lui faisant rejeter l'organisation serrée des groupes et s'assumer comme étant son propre maître. Mais plus loin encore, Nietzsche s'oppose radicalement au déterminisme marxiste qui établit comme dogme irrévocable que la "détermination de la conscience de l'individu se fait en fonction de sa classe sociale" (Engels), il l'exprime sous la forme de l'idée de "l'esprit libre". Ce dernier est celui "qui pense autrement qu'on ne s'y attend en raison de son origine, de son milieu, de son état et de sa fonction ou en raison des opinions régnantes de son temps" (Humain, trop humain).

L'esprit libre nietzschéen se veut vivre sans contraintres, ces dernières naissant du rapport au système : "Il m'est odieux de suivre autant que de guider. Obéir ? Non jamais, et jamais gouverner" (Le Gai Savoir), il perdure ainsi dans cette volonté émancipatrice qui l'oppose radicalement au dirigisme marxiste car la pensée de Marx est une entreprise vouée à flatter le "bétail grégaire" par sa volonté de ne promotionner qu'une seule idée du bonheur, celle du bonheur collectif or Nietzsche ne perçoit la joie de vivre que sous le prisme de l'individu; cet individu souverain dont la poursuite du bonheur ne se fait qu'à travers la quête d'une autonomie régénératrice.

Nietzsche était en perpétuelle lutte contre ce bien commun imposé à l'individu par la tyrannie de la majorité selon la prémonition tocquevilienne, ainsi dans Aurore, le philosophe allemend affirme que les sociétés modernes sont régies par par "la peur de tout ce qui est individuel", dans ses Fragments posthumes d'été 1880 :

"l'individu est le bouc émissaire des collectifs, Etat, Humanité, etc." et dans Le Gai Savoir : la tendance moderne tend à ce que "l'individu se laisse réduire au rôle de fonction de la totalité". Une fois de plus l'on retrouve la charge nietzschéenne dirigée contre l'idée marxiste que les libertés doivent être énoncées ainsi que dirigées afin de ne pas freiner le pouvoir étatique, "le bien collectif".

Nietzsche voyait dans l'étatisme un frein à la poursuite du bonheur individuel : "Je vois dans la tradition étatique et sociale un obstacle à l'individuation mais si l'on souhaite des hommes ordinaires et égaux, c'est parce que les faibles redoutent l'individu fort et préfèrent un afaiblissement général à un développement dirigé vers l'individuel" (Fragments posthumes), cette fronde intellectuelle est une attaque sans précédent dirigée contre l'égalitarisme rampant promotionné par les gauches universelles autour de l'idée "Tous égaux = tous pauvres".

L'on remarque une gradation ascendante dans la considération nietzschéenne de l'institution étatique: "Aussi peu d'Etat que possible" (Aurore), "Le moins d'Etat possible" et "la mort de l'Etat" (Humain, trop humain).

Comme base de refondation, Nietzsche rejetait le Socialisme qui "désire la puissance étatique à ce degré de plénitude que seul le despotisme a jamais possédé, il surenchérit même sur le passé en visant à l'anéantissement pur et simple de l'individu" (Humain, trop humain). Ce qui m'interesse le plus en tant que libéral est l'oeil pragmatique qu'il posait sur la démocratie nouant ainsi avec la philosophie de Tocqueville un lien intellectuel fort : "Le principe Le bien de la majorité passe avant le bien de l'individu suffit pour faire reculer pas à pas l'humanité jusqu'à la plus basse animalité. Car c'est l'inverse (les individus valent plus que la masse) qui l'a élevée." En lutte contre la primauté du bien collectif, Nietzsche signe l'une des plus brillantes critiques de la démocratie et selon les mots d'Alexis De Tocqueville : "la tyrannie de la majorité".

Ayn Rand se sera probablement inspiré du philosophe allemand, ce dernier traitant de l'atruisme comme d'une entreprise pernicieuse visant à emprisonner l'esprit par la culpabilisation et l'avilissant par la mauvaise conscience.

Ainsi toute l'oeuvre nietzschéenne est un pamphlet brûlant en appelant à l'émancipation la plus virulente de l'individu contre l'emprisonnement moral altruiste, le mythe liberticide du "bien commun" et la fausse représentation populaire que tend à s'accorder l'Etat dans le but de légitimer ses assaults dirigés contre le Droit individuel.

Nietzsche bien que s'égosillant à fustiger Locke ou Hobbes dans le soutien à l'idée que ces derniers avaient une conception de la morale et de l'éthique comme étant la même pour tous, d'où le refus de cette notion par le philosophe allemand estimant qu'une "hierarchie des valeurs" (Par delà bien et mal) se devait d'être pour reconnaître à chacun le droit souverain de créer sa propre morale, était malgré tout un libéral accompli sous toutes ses formes : philosophiques, sociétales et politiques.

Pages correspondant à ce thème sur les projets liberaux.org :

Nietzsche à n'en point douter fut un libéral abouti repoussant les frontières de l'Individualisme à un niveau rarement égalé : Nietzsche voyait l'homme dans sa plenitude morale propre écartant et excluant le concept de don de soi et de l'empathie sacrificielle.

Plus que jamais, Nietzsche était un libéral.

Note

Extrait du blog de Lafronde, que nous remercions au passage.


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