Marc Fumaroli:Essai sur une religion moderne

De Catallaxia
Marc Fumaroli
né en 1932
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Auteur Libéral conservateur
Citations
«La liberté elle-même est un luxe très rare et qui se mérite. Peu de régimes sur terre ont laissé ce luxe à leurs citoyens.»
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Marc Fumaroli:Essai sur une religion moderne
L'État culturel de Marc Fumaroli


Anonyme
Analyse de la Lime


Plus je connais M. Fumaroli, plus je l'apprécie. Voilà un livre de 1992 qui reste d'actualité. Mais, comme il est susceptible de faire grincer bien des dents, notamment celles des "cultureux", ces charognards des subventions à visées soit-disant culturelles, il a été bien vite oublié ; l'oubli étant le meilleur moyen de neutraliser les idées dangereuses.

L'auteur commence par s'intéresser à l'origine de cette idée saugrenue comme quoi l'Etat devrait se mêler de culture et la subventionner sous peine de voir se créer un "désert culturel". Quand on fait l'historique, cette maxime "Pas de vie culturelle sans Etat" apparaît bien étrange.

En effet, sous l'Ancien Régime, ce sont des individus qui patronnaient ce qui ne s'appelait pas encore la culture. Les raisons politiques n'étaient pas toujours absentes, mais il n'y avait pas de mouvements concertés, d'art officiel, d'administration spécifique ayant pour sainte mission de diffuser la culture.

La IIIème République était libérale par réaction au césarisme de Napoléon III, elle se mêlait très peu des beaux-arts et seulement dans un style très conventionnel. On a appelé ce style "l'art pompier" avec mépris, sans comprendre la philosophie qui le créait : l'Etat n'a pas à imposer ces goûts.

Contrairement à une certaine légende noire dont on s'étonne qu'elle ait quelque crédit, la France de la IIIème République ne fut en rien un "désert culturel", sauf à considérer, et c'est là le coeur du problème, qu'il n'y a de culture authentique que subventionnée. Car, les galeristes, les marchands d'art, les mécènes, les artistes eux-mêmes, tous acteurs privés, ont créé une vie artistique bouillonnante qu'on serait bien en peine de trouver depuis que l'Etat subventionne ce qu'il appelle la culture.

Marc Fumaroli va donc plus loin : non seulement l'Etat ne doit pas subventionner la culture, mais lorsqu'il le fait, il stérilise la vie artistique et la créativité. En effet, l'art est affaire de goûts, de personnalités, d'accointances entre mécène et artiste, bref d'individus. L'Etat, lui, n'a pas de goûts, ou plus exactement il a le goût du bizarre, de la distinction pour la distinction, de "l'exploit" artistique, car il n'a pas de jugement.

On peut constater aisément la véracité de ce propos : alors que la IIIème République a vu passer le fauvisme, l'impressionnisme, la cubisme, est-ce qu'on peut me citer un seul mouvement artistique important en France depuis que l'Etat subventionne les arts, et a ainsi évincé les mécènes ?

L'Etat peut faire une seule chose pour les arts : une Université qui soit la meilleure possible afin qu'existe ce public de lettrés, d'érudits, de gens de goût, qui font vivre l'art. Vous remarquerez que l'Etat manque complètement à cette mission. C'est là un mouvement typique de la France de ces dernières décennies : l'Etat boulimique s'immisce dans des domaines qui ne le concernent en rien, dans une agitation fébrile et insensé, comme pour faire oublier qu'il néglige par incapacité et par irresponsabilité ses vraies missions (1).

La culture subventionnée est une fadaise venue des régimes totalitaires, dont on sait l'attraction qu'ils ont exercé en France, et dont les idées sont toujours présentes sous des formes déguisées (2).

Le totalitarisme était la grande mode dans les années où a été créé le ministère de la culture et Malraux ne fut jamais un libéral mais un communiste repenti.

De plus, Marc Fumaroli s'appuie sur L'étrange défaite, de Marc Bloch, pour argumenter que la société française a perdu confiance en elle-même, en ses ressources, et s'est réfugiée derrière un providentiel "L'Etat sait mieux que nous, l'Etat est plus compétent que nous", comme si les hommes de l'Etat étaient des surhommes.

Ce n'est pas par hasard que le premier gouvernement français à se doter d'une politique culturelle fut celui de Vichy ; qui promut notamment, Dieu me foudroie, les "fêtes populaires". Jack Lang, héritier de Philippe Pétain ? Ce n'est pas si incongru : leurs politiques se rejoignent par le collectivisme.

Fumaroli en profite pour étriper au passage la télévision française, c'est facile mais juste.

Notamment, l'auteur met bien en lumière la définition très particulière de la culture que partagent les fondateurs et les zélateurs de la culture d'Etat : la culture serait un ensemble de choses infiniment précieuses en dépot chez les intellectuels (3) et auxquelles les pauvres n'auraient pas accès et qu'il conviendrait de leur procurer.

Il ne leur vient pas à l'idée que la culture pourrait être un dialogue entre la nature et l'art et que, de même qu'on ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif, il ne sert à rien de fournir des oeuvres d'art à qui n'en éprouve pas le besoin.

C'est pourquoi Fumaroli estime que la diffusion de la culture ne peut vraiment se faire que par l'école, qui forme les esprits, qui les met en contact avec l'insolite, qui sélectionne les talents, qui aiguille. Il s'agit non plus comme pour la culture d'Etat de consommation mais de formation.

Et là, il n'y a plus ce mépris, plus ou moins secret, plus ou moins dissimulé, des "cultureux" vis-à-vis des "incultes" pour l'inculture desquels ils condescendent à se soucier : recevant une formation, chacun apprend quelque chose, pas tous la même chose, pas tous de façon aussi poussée, mais tous considérés également comme capables d'apprendre.

Il est étrange de mettre le mot culture à toutes les sauces. Par exemple, "culture scientifique" est un oxymore : la science ne dépend pas tant de ce que l'on sait que de comment on raisonne. Une pensée scientifique, un raisonnement scientifique, on peut le définir, mais une culture scientifique ?

Pour que la vie artistique renaisse en France, il faut en cesser avec cette idée stupide de "démocratiser la culture" : tout le monde n'a pas la vocation, l'envie, le goût, la capacité, de s'intéresser à la culture. La "culture" aujourd'hui, c'est ce qui fait mousser quelques politicards, mais combien de Français ont une vraie vie culturelle, c'est-à-dire des connaissances, du goût, un sens critique ? La vie de l'esprit est par essence élitiste.

Pour ma part, je n'ai aucun goût en matière musicale ; cependant j'ai encore assez de bon sens et de respect pour la musique pour détester cette orgie de décibels obligatoire qu'on appelle par antiphrase "Fête de la musique". Je me suis fait une raison : je n'ai pas de culture musicale, celle-ci est réservée à une élite dont je ne fais pas partie. Je n'en souffre pas : les hommes ne sont pas égaux en tout et c'est très bien ainsi, j'ai de la culture dans d'autres domaines.

L'art est une question individuelle, ce n'est pas par hasard que l'antique expression est "arts libéraux". Mais j'ai crains que, dans la France de 2006, où les gauchistes ont réussi à imposer leur vulgate collectiviste et égalitariste au sein même de l'éducation nationale, au prix de la destruction de celle-ci, les esprits soient de moins en moins capables d'entendre ces vérités de bon sens.

J'ai beaucoup apprécié cet ouvrage, car, comme tous les livres qui nous parlent, il réveille une sensibilité enfouie : je tiens la vie de l'esprit pour essentielle et je suis troublé, dérangé, par le tapage médiatique orchestré par le ministère dit de la culture, qui est en réalité une annexe du ministère du tourisme, là où devrait y avoir silence, contemplation, réflexion.

Or, ce livre attaque l'Etat culturel, non dans ses modalités, mais dans son essence même.

Espérons que les Français, reprenant confiance en leurs propres ressources, comprendront à quel point l'Etat est nocif dans le domaine de la culture.

Cela ne pourra se faire qu'avec des Française correctement formés à la culture, donc par l'école.

On en revient toujours à mon obsession : le problème de la France est l'Etat, maternant, obèse, envahissant, incompétent et impuissant, et, au sein de l'Etat, il n'y a pas de problèmes plus graves que ceux d'éducation et d'instruction.

Heureusement, le secret d'une instruction publique efficace n'est pas perdu par tous : une ville a reconstitué une école-musée du début du siècle. Des professeurs des vraies écoles du coin viennent en consulter discrétement les manuels pour s'en inspirer !

(1) : autre exemple, l'Etat se mêle des décisions d'entreprises sous le prétexte de "patriotisme économique" mais néglige complètement l'efficacité de l'administration qui permettrait à l'économie d'en avoir pour son argent, celui des impôts.

(2) inutile d'insister sur le fait que seul "anti-libéralisme" cohérent, c'est la le contôle de l'individu par l'Etat, autrement dit le totalitarisme.

(3) : on retrouve ce trait qui trahit infailliblement tous les anti-libéralismes : "l'avant-garde éclairée"


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