Milton Friedman:Milton Friedman est-il keynésien ?

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Milton Friedman
né en 1912
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Auteur libéral classique
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« Difficile de justifier un impôt progressif dont le seul but est de redistribuer les revenus. »
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Milton Friedman:Milton Friedman est-il keynésien ?
Milton Friedman est-il keynésien ?


Anonyme
Analyse de Roger W. Garrison


Titre original : "Is Milton Friedman a Keynesian?" Chapitre 8 du recueil Dissent of Keynes, Praeger (1992, Mark Skousen, ed)
traduit par Hervé de Quengo

Il l'est sans l'être

On raconte l'histoire suivante concernant un jeune candidat à un poste du Département de Géographie d'une Université d'État. L'un des membres importants de la faculté, qui avait une piètre opinion du système éducatif moderne, lui posa la question simple : "Dans quel sens coule le Mississipi ?" Ne connaissant pas les préjugés du Département, et par crainte de gâcher ses chances, le candidat répondit bravement : "Je peux l'enseigner dans les deux sens."

Lorsqu'on me proposa pour la première fois de traiter le sujet "Milton Friedman est-il keynésien ?", je n'ai pu m'empêcher de penser à ce géographe neutraliste. Cependant, dans le cas qui nous occupe, il est possible de défendre les deux réponses possibles sans perdre sa respectabilité universitaire. Lorsque j'enseigne aux étudiants de premier cycle, qui entendent les noms de "Keynes" et de "Friedman" pour la première fois, je présente l'opposition classique qui découle naturellement de la présentation habituelle de la "révolution keynésienne" et de la "contre-révolution monétariste". Dans le cadre de cette introduction à l'économie, le monétarisme est l'antithèse du keynésianisme. Affirmer autre chose serait presque commettre une faute professionnelle : un tour d'horizon rapide ou une étude poussée des écrits de Keynes et de Friedman montrent sur bien des points que les deux théoriciens sont diamétralement opposés.

Pourtant, on peut affirmer que Friedman est keynésien tout en demeurant en bonne compagnie savante. A la fois Don Patinkin (cf. R. Gordon, 1974) et Harry Johnson (1971) considèrent la théorie monétaire de Friedman comme une extension des idées habituellement associées au nom de Keynes. Certains de leurs arguments, toutefois, s'opposent à ceux de l'École autrichienne, qui servent de base au présent essai. Et si, selon ses propres dires, la phrase de Friedman, "Nous sommes désormais tous keynésiens" ["We're all Keynsesians now"] a été citée hors contexte, elle est compatible avec une analyse autrichienne quand on la replace dans son contexte. Il y a plus de vint ans, au cours d'une interview accordée à un journaliste du magazine Times, Friedman expliqua que "dans un sens, nous sommes désormais tous keynésiens ; dans un autre, plus personne n'est keynésien." Les deux sens sont explicités par les précisions qu'il fournit ensuite : "Nous utilisons tous le langage et l'appareil keynésiens ; aucun de nous n'accepte plus les conclusions initiales de Keynes" (Friedman, 1968 : p. 15).

Patinkin et Johnson ont tous deux affirmé que l'attention portée par Friedman à la demande de monnaie, et en particulier le fait d'inclure le taux d'intérêt comme déterminant de cette demande, le rapproche plus de Keynes que des théoriciens monétaires d'avant Keynes. Friedman a répondu en insistant que cette inclusion du taux d'intérêt dans la fonction de demande de monnaie n'est qu'une caractéristique mineure de son cadre théorique (R. Gordon, 1974 : p. 159). Les théoriciens autrichiens de la monnaie, qui portent au taux d'intérêt une attention plus grande que Friedman et aussi grande que Keynes, ont un point de vue différent sur la question de ce taux. Keynes et Friedman négligent tous les deux les effets des changements du taux d'intérêt sur la structure du capital. D'un point de vue autrichien, ce péché d'omission, conséquence du "langage et de l'appareil" communs, rend keynésianisme et monétarisme sensibles à la même critique autrichienne.

Keynésianisme : du Traité à la Théorie générale

Il est donc important de noter que le sens dans lequel l'énoncé "Nous sommes désormais tous keynésiens" est vrai — dans une perspective commune à la fois aux monétaristes et aux autrichiens — comporte un "tous" circonscrit. Les monétaristes en font partie, pas les autrichiens. Pour expliquer les différences essentielles entre ces écoles de pensée, il faut commencer par considérer "le langage et l'appareil" communs qui prévalaient avant la nouvelle définition par Friedman (1969a) de la théorie quantitative de la monnaie et même avant la Théorie générale de Keynes. Les autrichiens peuvent être considérés comme dissidents du keynésianisme dès les premiers développements macro-économiques de Keynes.

Les deux volumes du Traité de la monnaie, qui parurent en 1930, furent mal reçus par les économistes qui tiraient leur inspiration des travaux de Carl Menger et de Böhm-Bawerk. Bien que l'on ne considère pas forcément, aujourd'hui, que la macroéconomie du Traité de Keynes fasse partie de la théorie keynésienne, les fondements et les méthodes d'élaboration sont largement identiques. Les agrégats macroéconomiques — épargne, investissement et production — sont opposés les uns aux autres pour établir des valeurs d'équilibre du taux d'intérêt et du niveau des prix.

Dans une critique détaillée de ces premières explications keynésiennes, F.A. Hayek trouva de nombreuses incohérences et ambiguïtés, mais son désaccord le plus fondamental provenait de la méthode théorique de Keynes — il écrit, à propos de ses "langage et appareil" : "Les agrégats de M. Keynes cachent les mécanismes les plus fondamentaux du changement" (Hayek, 1931 : p. 277). Keynes avait prétendu que les modifications du taux d'intérêt n'avaient pas d'effet important sur le taux de profit du secteur de l'investissement pris dans son ensemble. Hayek fit remarquer que le profit perçu par un secteur dans son entier n'est pas une partie importante du mécanisme de marché qui dirige l'activité de production. Une modification du taux d'intérêt signifie que les perspectives de profit de certaines industries augmentent alors que celles d'autres industries diminuent. Ce sont les différences systématiques de taux de profit entre les industries, et non la moyenne ou l'agrégat de ces taux, qui constituent le "mécanisme du changement" pertinent

Il y eut des modifications fondamentales de la pensée de Keynes au cours des six années séparant son Traité de sa Théorie générale, mais aucune ne peut être considérée comme répondant à la critique d'Hayek. Dans la Théorie générale, une incertitude impénétrable quant à l'avenir brouille les processus de décisions des investisseurs et des propriétaires de richesses ; le taux d'intérêt résulte de conventions et de la psychologie qui sont grandement, si ce n'est totalement, détachées de la réalité économiques. Les changements concernant les conditions du marché sont pris en compte par des ajustements du revenu plutôt que par des ajustements des prix et du taux d'intérêt ; et l'équilibre de sous-emploi devient l'état normal.

Une lecture partielle de ce que Keynes a bel et bien écrit — tout aussi bien qu'une lecture créatrice de ce qu'il aurait pu écrire — a donné lieu à des interprétations conflictuelles de son message. En plusieurs circonstances, les désaccords sur les réponses keynésiennes aux questions macroéconomiques découlent de désaccords sur ce que sont les questions macroéconomiques pertinentes. Keynes demande-t-il : Comment, dans les cas particuliers, les marchés fonctionnent-ils en réalité ? Ou demande-t-il : Pourquoi, en général, fonctionnent-ils mal ? Plus précisément, la demande de fonds d'investissement, inélastique vis-à-vis du taux d'intérêt, joue-t-elle un rôle important dans sa théorie ; ou l'instabilité de cette demande, gouvernée par les "esprits animaux" du monde des affaires, élimine-t-elle toute considération sur l'inélasticité par rapport au taux d'intérêt ? La demande de monnaie, très élastique vis-à-vis du taux d'intérêt, joue-t-elle un grand rôle dans sa théorie ; ou l'instabilité de cette demande, basée comme elle l'est sur le "fétiche de la liquidité", élimine-t-elle toute considération sur son élasticité par rapport au taux d'intérêt ?

Des interprètes comme G.L.S. Schackle (1972) et Ludwig M. Lachmann (1986 : pp. 89-100 et passim), qui concentrent leur attention sur l'incertitude radicale qui entoure le futur et sur l'absence complète de fondement des anticipations à long terme, accordent une grande importance aux esprits animaux, en tant qu'ils affectent les hausses et les baisses des marchés d'investissement, et au fétiche de la liquidité, en tant qu'il affecte leur volonté de choisir entre les deux options de chaque marché. Les propriétaires de richesses sont parfois plus enclins, parfois moins enclins, à renoncer à la liquidité ; les spéculateurs jouent parfois à la hausse, parfois à la baisse, dans leurs décisions d'investissement. De tels comportements donnent constamment lieu à des conditions du marché changeantes et à une modification de l'ensemble des prix. Les vecteurs successifs des prix d'une économie de marché, que ni un économiste ni un entrepreneur ne peuvent prévoir, sont comparés à des motifs successifs observés dans un kaléidoscope.

Il n'y a certainement aucune raison de s'attendre, dans une telle vision du processus de marché, à ce que les prix, les salaires horaires et les taux d'intérêts en viennent à être compatibles avec la coordination des activités de production envisagée dans le temps, ni même qu'ils puissent être compatibles avec le plein emploi à un instant quelconque. La "kaléidique keynésienne," comme on appelle parfois cette branche du keynésianisme, n'est pas tant une compréhension particulière du fonctionnement d'une économie de marché que la négation de toute possibilité de compréhension. Il est clair que Friedman n'est pas keynésien en ce sens.

Des interprètes comme John Hicks (1937) et Alvin Hansen (1947), qui ont porté leur attention sur le nuage d'incertitude de Keynes, ont identifié un ensemble de relations comportementales qui, pris avec les conditions d'équilibre correspondantes, implique des valeurs déterminées du revenu total et du taux d'intérêt [1]. Dans la formulation la plus élémentaire, l'investissement net (I) doit être égal à l'épargne nette (S), et la demande de liquidité (L) doit être accompagnée d'une offre de monnaie (M). Ce cadre IS-LM, plus couramment appelé analyse revenu-dépenses, a été considéré par beaucoup — mais pas par les autrichiens — comme l'appareil analytique commun de toutes les théories macro-économiques. Des hypothèses appropriées sur la stabilité des demandes d'investissement et de monnaie,sur les élasticités par rapport au taux d'intérêt, sur les rigidités des prix et des salaires, permettent alors d'obtenir les conclusions keynésiennes ou monétaristes.

Friedman contre Keynes

Dans un contexte d'analyse revenu-dépenses, il est normal de penser que le monétarisme de Friedman s'oppose directement au keynésianisme. Bien que keynésiens et monétaristes acceptent tous deux le même degré élevé d'agrégation, qui élimine les questions considérées par les autrichiens comme les plus importantes, ils ont de nets désaccords quant à la nature des relations entre ces agrégats macroéconomiques. Plusieurs de ces désaccords, cités ou sous-entendus par Friedman (1970), figurent dans la liste suivante.

  • 1. Les keynésiens croient que le taux d'intérêt, phénomène selon eux principalement, si ce n'est totalement, monétaire, est déterminé par l'offre et la demande de monnaie. Les monétaristes croient que le taux d'intérêt, phénomène selon eux principalement réel, est déterminé par l'offre et la demande de fonds prêtables, marché qui reflète pleinement les occasions et les contraintes réelles du secteur de l'investissement.
  • 2. Dans l'optique keynésienne, une modification du taux d'intérêt a peu d'effet sur l'investissement (total) ; dans l'optique monétariste, une modification du taux d'intérêt a un effet substantiel sur l'investissement (total). Cette différence reflète, en grande part, l'orientation des keynésiens vers le court terme et celle des monétaristes vers le long terme.
  • 3. Les keynésiens conçoivent un mécanisme étroit par lequel la politique monétaire affecte le revenu national. Plus précisément, la création de monnaie diminue le taux d'intérêt, ce qui stimule l'investissement et donc l'emploi, ce qui engendre à son tour de multiples cercles vertueux de dépenses accrues et d'augmentation du revenu réel. L'attention presque exclusive portée sur ce type d'effet, combinée avec la croyance que l'investissement est inélastique vis-à-vis du taux d'intérêt, rend compte de la préférence keynésienne pour la politique fiscale, au détriment de la politique monétaire, comme moyen de stimuler ou de retarder l'activité économique. Les dépenses gouvernementales ont un effet direct sur le niveau d'emploi ; la création de monnaie n'a qu'un effet indirect et faible. Les monétaristes conçoivent, eux, un mécanisme de marché très vaste par lequel la création de monnaie stimule la dépense dans toutes les directions — pour des biens d'investissement anciens comme nouveaux, pour des avoirs réels comme financiers, pour des biens de consommation comme pour des biens d'investissement. Les revenus nominaux augmentent partout comme conséquence de la création de monnaie mais, avec une demande de monnaie stable en termes réels, l'augmentation du niveau des prix est simplement proportionnelle à la croissance nominale de la monnaie, de sorte que les revenus réels restent inchangés.
  • 4. Les keynésiens pensent que les anticipations de profit à long terme, qui selon eux ne se basent jamais sur la réalité, sont sujettes à des changements inattendus. La prospérité économique repose sur un optimisme non fondé ; la dépression économique sur un pessimisme lui aussi sans fondement. Les monétaristes pensent que les anticipations de profits reflètent, pour la plupart, les préférences des consommateurs, les contraintes portant sur les ressources et les facteurs techniques tels qu'ils existent bel et bien.
  • 5. Les keynésiens estiment que les revers économiques sont attribuables aux instabilités caractéristiques d'une économie de marché. Un effondrement soudain de la demande de fonds d'investissement, déclenchée par une perte de confiance irrationnelle et inexplicable de la part du monde des affaires, est suivi par de nombreux cercles vicieux de baisse des dépenses et du revenu. Les monétaristes estiment que les revers économiques sont attribuables à une politique monétaire idiote ou malencontreuse. Une contraction monétaire injustifiée fait pression sur les revenus et sur le niveau de la production pendant de la période au cours de laquelle les prix et les salaires nominaux s'ajustent à l'offre réduite de monnaie.
  • 6. Les keynésiens croient que dans les conditions où existent un chômage massif, des usines inemployées et des marchandises non vendues, prix et salaires ne s'ajusteront pas à la baisse vers le niveau d'équilibre du marché — ou qu'ils ne s'ajusteront pas suffisamment rapidement, ou encore que le processus de marché qui conduit à de tels ajustements a des conséquences perverses, baisse des prix et baisse des salaires s'alimentant mutuellement. Les monétaristes ne croient pas que de tels conséquences perverses, à supposer qu'elles existent, jouent un rôle important dans le processus du marché. Ils croient au contraire que prix et salaires peuvent s'ajuster et s'ajusteront bel et bien aux conditions du marché. Le fait que de tels ajustements ne soient ni parfaits ni instantanés n'est pas, selon les monétaristes, une raison pour proposer une intervention du gouvernement. Un processus de marché qui ajuste les prix et les salaires aux conditions du marché existant est préférable à une politique gouvernementale qui essaie d'ajuster les conditions du marché aux salaires et aux prix existants.

Une analyse autrichienne du langage et de l'appareil

Le contraste entre le keynésianisme, tel qu'interprété par Hicks et Hansen, et le monétarisme, tel que défini par Friedman (dans R. Gordon, 1974), se fonde sur leur cadre analytique commun. La reconnaissance de ce cadre commun est sous-jacente dans ce jugement de Gerald P. O'Driscoll et Sudka R. Shenoy (1976 : p. 191) : "Le monétarisme... ne se différencie pas dans son approche fondamentale de l'autre courant dominant de la macroéconomie, celui du keynésianisme." [2] Mais l'analyse dépenses-revenu keynésienne/monétariste est sujette à l'ancienne critique d'Hayek, tout autant que l'analyse de Keynes dans le Traité de la monnaie. Les agrégats cachent les mécanismes les plus fondamentaux du changement. Alors que la plupart des affirmations contradictoires peuvent être expliquées en termes d'analyse à court et à long terme respectivement des keynésiens et des monétaristes, ou en termes d'orientations philosophiques différentes, aucune des deux optiques ne prend en compte les rouages ou les défauts des mécanismes du marché au sein de l'investissement total.

La macroéconomie autrichienne [3] se sépare à la fois du keynésianisme et du monétarisme parce qu'elle porte son attention sur les effets différentiels, résultant des modifications du taux d'intérêt, à l'intérieur du secteur de l'investissement, ou — pour utiliser une terminologie autrichienne — à l'intérieur de la structure de production. Une baisse du taux d'intérêt, par exemple, conduit à des changements systématiques de la structure de production. Un taux plus faible favorise la production destinée à un futur lointain relativement à la production destinée à un futur plus proche : elle favorise des méthodes relativement plus consommatrices de temps, associées à des détours de production plus grands, ainsi que la production et l'usage de biens du capital plus durables. Les "mécanismes du changement" mis en branle par une baisse du taux d'intérêt consistent en des profits différentiés selon les différents stades de la production. Le processus du marché qui élimine ces différences réalloue les ressources et les déplace des stades tardifs de la production [stades les plus proches des biens de consommation] vers les stades précoces : il donne ainsi à la structure de production une orientation davantage tournée vers le futur.

La conséquence ultime de cette restructuration du capital, résultant d'une diminution du taux d'intérêt, dépend fondamentalement de la raison de cette diminution. Si la baisse du taux d'intérêt reflète une augmentation de la volonté d'épargne de la part des agents économiques, alors les restructuration du capital servent à remettre le processus de production en conformité avec les nouvelles préférences inter-temporelles. Des restructurations continuelles de cette sorte constituent — avec que les progrès techniques — l'essence de la croissance économique. Si, au contraire, la baisse du taux d'intérêt est due à une injection de monnaie nouvellement créée par le crédit, alors la restructuration du capital, qui ne s'accorde pas avec les préférences inter-temporelles des participants du marché, sera nécessairement néfaste. La période d'expansion du crédit artificiellement bon marché sera suivie par une période de forts taux d'intérêt lorsque les demandes cumulées de crédit auront dépassé l'épargne authentique. L'embellie artificielle suscitée par le crédit se terminera inévitablement par une récession.

La théorie autrichienne du cycle économique explique le processus du marché qui transforme l'embellie artificielle en récession. La mauvaise allocation des ressources au sein du secteur de l'investissement réclame une liquidation et une réallocation ultérieures. Après la période prolongée de crédit bon marché des années 1920, par exemple, il était essentiel pour restaurer la santé économique d'effectuer une réallocation du capital des projets à relativement plus long terme vers les projets à relativement plus court terme. Un niveau de chômage plus élevé que la normale caractérisa la période durant laquelle les travailleurs perdant leur emploi dans les secteurs surcapitalisés de l'économie furent absorbés dans les autres [4].

Rendre compte de l'embellie artificielle et de la récession ultérieure ne fait pas partie de l'analyse dépenses-revenu keynésienne. Elle n'est pas non plus partie intégrante de l'analyse monétariste. L'absence de tout relation importante entre embellie et récession est le résultat inévitable du traitement du secteur de l'investissement en termes d'agrégats. L'omission analytique découle de la formulation théorique dans l'analyse keynésienne et de l'observation empirique dans l'analyse monétariste. Mais, dans une optique autrichienne, les différences de méthode et de substance sont moins importantes que la conséquence commune au keynésianisme et au monétarisme : à savoir qu'il n'y a pas de cycle embellie-dépression d'une quelconque importance macro-économique.

Dans la Théorie générale, le taux d'intérêt est parfois traité comme s'il dépendait uniquement de considérations monétaires, voir par exemple le chapitre 14 où Keynes oppose sa propre théorie de l'intérêt à la théorie classique. L'offre et la demande de monnaie déterminent (seules) le taux d'intérêt d'équilibre, qui détermine à son tour le niveau d'investissement et donc le niveau de l'emploi. La détermination causale, qui est essentiellement unique, ne laisse aucune place aux décisions d'épargne et d'investissement pour ce qui est d'influencer le taux d'intérêt. Alors que cette version de la macroéconomie keynésienne n'a pas survécu lors de la transposition de la Théorie générale dans les manuels modernes, on peut facilement la présenter comme un cas particulier de la construction IS-LM, dans lequel la courbe LM est une droite horizontale qui se déplace vers le bas ou vers le haut selon les changements des préférences pour la liquidité ou de l'offre de monnaie. Pour utiliser une terminologie plus formelle, le système d'équations est récursif, de sorte que le taux d'intérêt peut être déterminé indépendamment des autres variables endogènes. Dans ce cadre, il n'y a tout simplement aucune place pour un cycle embellie-récession tel que le conçoivent les autrichiens.

Dans le cadre plus général de l'approche IS-LM, le taux d'intérêt et les niveaux d'investissement, d'épargne et de revenu sont déterminés simultanément plutôt que séquentiellement, mais Keynes minimise tout mouvement cyclique de ces grandeurs qui puisse être le résultat de deux chaînes causales. Il souligne à la place la possibilité d'une stagnation économique — avec un chômage séculaire. Au chapitre 18 de la Théorie générale, chapitre faisant l'inventaire, Keynes envisage une économie dans laquelle existeraient des fluctuations mineures du revenu — et donc de l'emploi — autour d'un niveau substantiellement en dessous du potentiel de plein-emploi. Ce n'est que dans ses "Brèves notes sur la Théorie Générale" que Keynes essaie de tenir compte des fluctuations cycliques considérées comme inhérentes à la nature du capitalisme. La crise est causée par un changement des anticipations de profit à long terme qui sont la motivation de la communauté des affaires — anticipations qui sont "basées sur des signes changeants et non fiables" et qui sont "sujettes à des changements soudains et violents" (Keynes, 1936 : p. 315). La reprise dépend de la durabilité du capital existant au moment de la crise. Mais, dans une optique keynésienne, la reprise de l'économie ne conduit qu'à un niveau de sous-emploi et non au niveau potentiel de plein emploi [5].

De façon révélatrice, Keynes perçoit une chaîne causale unique de la quantité de monnaie considérée comme variable politique à l'investissement (et ainsi à l'emploi) considéré comme but politique. L'autorité monétaire augmente l'offre de monnaie ; le taux d'intérêt diminue jusqu'à ce que la demande de monnaie s'ajuste à l'offre ; l'investissement augmente, tout comme l'emploi. Un nouvel équilibre est établi, dans lequel le taux d'intérêt est, de manière permanente, plus faible et où les niveaux d'investissement et d'emploi sont, de manière permanente, plus élevés. Dans un cadre d'analyse revenu-dépenses, la structure temporelle de l'investissement ne joue aucun rôle et la distinction entre embellie authentique et embellie artificielle est elle-même une distinction artificielle.

Le "modèle d'arrachage" Friedman

L'analyse keynésienne ne réfute pas l'idée autrichienne qu'une embellie induite par le crédit conduit à une récession. En adoptant un niveau élevé d'agrégation, elle ne peut tout simplement pas étudier cette question. L'idée autrichienne n'est pas non plus réfutée par les monétaristes, qui utilisent une analyse statistique hautement agrégée en ce qui concerne les embellies et les dépressions. Les niveaux de production totale qui caractérisent une chute typique se corrèlent mal avec la hausse précédente, mais l'amplitude de la chute semble être liée à l'amplitude de la hausse suivante. Selon l'analyse empirique des monétaristes, il y aurait un cycle dépression-embellie, plutôt qu'un cycle dépression-embellie.

Friedman ([1964] 1969b : pp. 271-277) a proposé un modèle qu'il nomme "modèle d'arrachage" ("plucking model") de la production économique de la période 1879-1961 [6]. Imaginons une corde collée sur la face inférieure d'un plan incliné. Le degré d'inclinaison représente la croissance séculaire à long terme de la production. Si la corde était collée en tout point, elle représenterait une économie sans aucun problème cyclique. Les problèmes cycliques du type que l'on rencontre dans les faits peuvent être représentés en tirant vers le bas et en arrachant la corde à intervalles réguliers sous le plan incliné. Dans cette représentation de la croissance effective de l'économie, le processus économique qui nous fournit la saine croissance séculaire "se décolle" de temps en temps. Alors que la chute de la performance économique n'est pas liée à la croissance précédente, la reprise vers le potentiel de croissance séculaire est nécessairement lié à l'amplitude de la chute. S'il n'y avait le faible degré d'inclinaison, l'amplitude de la chute et de la reprise suivante seraient les mêmes.

Sur la base de cette représentation monétariste, les idées autrichiennes sont à rejeter, non pas tant sur la base des réponses données que sur la base des question posées. Quel est le processus de marché qui transforme une embellie en récession ? Il n'existe aucune preuve empirique suggérant l'existence d'un tel processus. Quel est le processus du marché qui transforme une crise en une reprise ? Voilà la question empiriquement pertinente, selon les monétaristes. La réponse proposée, qui a un goût de manuel keynésien, implique la réaction habituelle des forces du marché face aux rigidités institutionnelles des prix et des salaires (ibid. : p. 274).

Comme Friedman le reconnaît clairement, l'élimination de la possibilité d'un cycle embellie-récession et l'identification empirique du cycle récession-embellie découlent toutes deux de l'asymétrie inhérente des écarts par rapport au potentiel de croissance. La production économique peut chuter bien en deçà de son potentiel, mais ne peut pas le dépasser de manière importante. Le fait que la formulation de Friedman se fasse en termes de production totale suggère toutefois que la critique du keynésianisme naissant est également applicable au monétarisme moderne : les agrégats du professeur Friedman cachent les mécanismes les plus fondamentaux du changement.

La production économique consiste en production de biens de consommation et en production de biens d'investissement. Une baisse artificielle du taux d'intérêt peut déplacer des ressources de la première catégorie vers la seconde. De façon plus importante, elle peut faire pencher le type d'activités d'investissement vers une production tournée vers un futur plus lointain ; elle peut enfermer le secteur de l'investissement dans des projets à plus long terme. De telles distorsions sont parfaitement compatibles avec les changements de production totale observés au cours des neufs décennies étudiées par Friedman.

En termes du "modèle d'arrachage", les monétaristes observent que certaines parties de la corde sont bien collées au plan incliné et d'autres ne le sont pas. Mais, en termes d'agrégats économiques, il n'y a rien dans la nature de la corde — ou de la colle — qui explique pourquoi la colle vient à manquer lorsqu'on se déplace d'une partie collée vers une partie décollée. Les monétaristes conçoivent à la place que la corde est arrachée par une force donnée (une Banque centrale stupide) qui n'entre en jeu que là où commence la baisse. Les autrichiens, qui travaillent à un niveau d'agrégation moindre, étudient la constitution de la corde (l'allocation des ressources au sein du secteur de l'investissement) et la consistance de la colle (le taux d'intérêt et l'ensemble des prix sur lesquels l'allocation de ressources s'est fondée pendant l'embellie). Ils en concluent que si le taux d'intérêt a été artificiellement baissé par une expansion monétaire, alors l'allocation inter-temporelle des ressources n'est pas compatible avec les véritables préférences temporelles et disponibilités de ressources. La corde est alors destinée à se décoller.

Théories opposées de l'intérêt

Le modèle d'arrachage de Friedman est plus à noter pour les aspects du processus du marché qu'il ignore que pour les variations générales des agrégats macro-économiques qu'il représente. Les variations du taux d'intérêt et les conséquences de ces variations sur l'allocation des ressources à l'intérieur des agrégats économiques ne jouent aucun rôle dans le keynésianisme ou dans le monétarisme. En fait, le choix même d'un niveau donné d'agrégation reflète un jugement sur ceux des divers aspects du processus du marché que l'on juge suffisamment importants pour les inclure dans la théorie macro-économique. Les relations entre les agrégats sont importants ; les relations au sein des agrégats ne le sont pas. Les agrégats retenus par Keynes ont été acceptés par Friedman, ce qui indique que les deux théoriciens ont le même jugement à cet égard.

Les raisons de ce jugement sont cependant différentes. Des idées opposées sur la nature et l'importance du taux d'intérêt et de ses modifications sous-tendent les décisions de Keynes et de Friedman de négliger des considérations jugées dominantes par la macroéconomie autrichienne. Les trois optiques peuvent être identifiées en termes de dynamique du taux d'intérêt, telle que précisée pour la première fois par l'économiste suédois Knut Wicksell. Le taux d'intérêt naturel, tel que l'appelle Wicksell, est le taux compatible avec la structure du capital et les ressources de l'économie. Si on lui permettait de s'établir, il maintiendrait un équilibre entre épargne et investissement — et laisserait le niveau des prix constant. Le taux d'intérêt bancaire, au contraire, est le résultat direct de la politique bancaire. L'expansion du crédit diminue le taux bancaire, alors que la contraction du crédit l'augmente. L'équilibre macro-économique ne peut être maintenu, selon Wicksell, que par une politique monétaire laissant le taux bancaire égal au taux naturel [7]. Par conséquent, un système bancaire qui poursuit une politique de crédit bon marché (en maintenant le taux bancaire sous le taux naturel) dirige l'économie vers le déséquilibre monétaire.

Alors que les autrichiens, à commencer par Mises (1971), ont adopté la formulation de Wicksell comme base de leur propre théorie, n'en déviant qu'en ce qui concerne les conséquences d'un déséquilibre macro-économique induit par le crédit, ni les keynésiens ni les monétaristes ne partagent la préoccupation de Wicksell quant au lien entre taux bancaire et taux naturel. Pour résumer, Keynes nie que le concept de taux naturel ait la moindre importance et Friedman, qui accepte le concept, nie qu'il puisse y avoir des écarts importants par rapport au taux naturel.

Bien que Keynes ait incorporé une version modifiée du taux naturel de Wicksell dans son Traité de la monnaie, il n'a pu trouver de place pour cette idée dans sa Théorie générale. Dans le premier ouvrage, le plein emploi était la norme, et le taux (naturel) d'intérêt permettait d'ajuster l'investissement à l'épargne disponible. Dans l'ouvrage ultérieur, le taux d'intérêt est déterminé, en liaison avec l'offre de monnaie, par la psychologie irrationnelle (le fétiche de la liquidité), alors que le niveau de l'emploi s'établit lui-même à un niveau compatible avec ce taux d'intérêt. Keynes prétend qu' "il existe... un taux naturel différent pour chaque niveau hypothétique de l'emploi" et en conclut que "le concept de taux d'intérêt ‘naturel'... n'a [rien] de très utile ou important à offrir à notre analyse" (Keynes, 1936 : pp. 242-243).

Dans le monétarisme de Friedman, la concurrence sur les marchés du travail donnent naissance à un taux salarial d'équilibre, qui distingue, parmi les niveaux hypothétiques d'emploi de Keynes, celui pour lequel l'offre de travail est égale à la demande de travail. Le concept de taux d'intérêt naturel, c'est-à-dire de taux qui équilibre le marché des fonds prêtables et ajuste l'investissement à l'épargne, s'incorpore aussi bien dans la pensée monétariste que dans celle de Wicksell. En fait, Friedman a créé le terme de "taux naturel du chômage" pour exploiter la similitude entre l'analyse wicksellienne du marché des fonds prêtables et sa propre analyse du marché du travail (Friedman, 1976 : p. 228). Selon Wicksell, un écart entre les taux d'intérêt naturel et bancaire donne naissance à un écart correspondant entre épargne et investissement ; selon Friedman, un écart entre les taux de chômage naturel et réel reflète un écart correspondant entre le salaire réel tel que perçu par les employeurs et le salaire réel tel que perçu par les employés. Le déséquilibre macro-économique se révèle par des moyens qui éliminent éventuellement de tels écarts sur les marchés des fonds prêtables (pour Wicksell) ou sur les marchés du travail (pour Friedman).

Tandis que la dynamique de type wicksellien des marchés du travail ont intéressé les monétaristes, la dynamique correspondante des marchés de fonds prêtables ne jouent aucun rôle du tout dans le monétarisme. Le taux d'intérêt bancaire ne s'écarte jamais assez longtemps du taux naturel pour avoir des conséquences économiques importantes. Quels que soient les effets consécutifs à des écarts faibles et provisoires, Friedman les minimise comme "effets de premier tour [first round effects]." (R. Gordon, 1974 : pp. 146-148). Ce qui veut dire que le prêt initial de monnaie, le premier tour, est peu de chose en comparaison des effets des tours ultérieurs de dépense, qui peuvent être au nombre de vingt-cinq à trente par an. Friedman écarte sommairement tous les effet du taux d'intérêt, tels qu'ils ont pu être proposés par les keynésiens modernes (Tobin) ou par les autrichiens (Mises), et affirme que sa propre macroéconomie se caractérise par le fait qu'elle n'accorde "presque aucune importance aux effets de premier tour" (ibid. : p. 147).

La macroéconomie autrichienne se distingue des macroéconomies de Keynes et de Friedman en ce qu'elle accepte le concept wicksellien de taux naturel et en ce qu'elle porte son attention sur les conséquences d'un écart du taux bancaire par rapport au taux naturel. Toutefois, elle se distingue de la macroéconomie wicksellienne par les conséquences particulières qu'elle considère comme pertinentes. Pour Wicksell ([1898] 1936 : pp. 39-40 et passim), un écart entre les deux taux fait pression à la hausse sur le niveau général des prix. Si, par exemple, le taux naturel monte en raison des progrès techniques, l'inflation persistera jusqu'à ce que le taux bancaire s'ajuste à la hausse. Un taux bancaire relativement bas peut créer des "tendances" à réallouer le capital de manière incompatible avec le taux naturel mais, dans l'analyse formelle de Wicksell, ces tendances ne deviennent pas réalité. Les facteurs réels continuent de décider de l'allocation du capital, alors que la politique bancaire n'affecte que le niveau général des prix (ibid. : p. 90, pp. 143-144). Mais comme les formulations suédoises et autrichiennes se fondent toutes deux sur la théorie du capital de Böhm-Bawerk, les "tendances" particulières identifiées par Wicksell correspondent de près aux "mécanismes du changement" les plus importants dont parle Hayek. Par conséquent, la discussion informelle de Wicksell, qui accompagne son exposé formel, donne une plus grand liberté d'ajustement quantitatif effectif au sein de la structure du capital (ibid. : pp. 89-92).

Pour les autrichiens, les effets d'une politique de crédit bon marché sur le niveau général des prix est, au mieux, d'une importance secondaire. Si l'écart entre les deux taux d'intérêt peut en fait être attribué aux développements techniques, comme Wicksell le pense, (ibid. : p. 118)., alors l'augmentation de la production qui en résulte fera pression à la baisse sur les prix; compensant largement si ce n'est totalement les effets d'une augmentation du crédit sur le niveau des prix. Si, au contraire, l'écart est attribuable à l'idéologie inflationniste, comme Mises (1978 : pp. 134-138) vint à le croire, alors, en l'absence de progrès techniques concomitants, l'expansion du crédit fera pression à la hausse sur le niveau général des prix. Mais cette montée générale des prix, cette baisse du pouvoir d'achat de la monnaie, est moins importantes aux yeux des autrichiens que les changements des prix relatifs résultant de la baisse artificielle des taux d'intérêt bancaire.

Les "tendances" reconnues par Wicksell à une réallocation au sein du capital deviennent des "réalités" dans l'analyse autrichienne. Le processus de marché n'est pas protégé au point d'interdire toute décision d'investissement incompatible avec les contraintes de ressources. La monnaie nouvellement créée et mise dans les mains des entrepreneurs à un taux d'intérêt artificiellement bas leur permet de débuter des processus de production entrant éventuellement en conflit avec les réalités économiques sous-jacentes (Hayek [1935] 1967b : pp. 67-100). Là où Wicksell prétendait que les tendances à la réallocation ne devenaient pas réalité, les autrichiens affirment que les réallocations effectivement induites par le crédit ne sont pas viables. L'embellie artificielle doit se terminer en dépression.

Lors de sa discussion des préoccupations keynésiennes et autrichiennes concernant les effets du taux d'intérêt, Friedman affirme que l'importance des effets ultimes par rapport aux effets de "premier tour" est une question empirique (R. Gordon, 1974 : p. 147). Les autrichiens reconnaissent qu'à la fin, après l'embellie, la dépression et la reprise, l'analyse empirique ne montrerait aucun effet persistant de l'expansion initiale du crédit sur le taux d'intérêt bancaire par rapport au taux naturel. L'économie dans son ensemble serait moins riche pour avoir dû subir un cycle embellie-dépression, et le taux d'intérêt naturel pourrait donc bien être lui-même un peu plus élevé. Mais les amplitudes relatives des effets ultimes et initiaux ne constituent pas une raison pour ignorer le processus de marché qui leur a donné naissance. Les effets de "premier tour" constituent le début d'un processus de marché qui se déroule sur les marchés du capital et des ressources : la perte de richesse et l'augmentation possible du taux naturel sont les effets ultimes de ce même processus.

La dynamique d'une embellie non durable

Bien que Friedman ne procède pas à une analyse de processus lors de son traitement du taux d'intérêt en cas d'expansion du crédit, il y procède lors de son traitement du taux salarial en cas d'inflation du niveau des prix (Friedman, 1976 : pp. 221-229). Les effets de "premier tour" consistent en un écart entre deux taux de salaires, celui perçu par les travailleurs et celui perçu par les employeurs. Un tel écart se produit dans les débuts d'une inflation parce que l'employeur perçoit immédiatement la différence entre les prix qu'il paie pour le travail et les prix augmentés du produit qu'il fabrique, alors que les travailleurs perçoivent, mais avec retard, l'accroissement général des prix qu'ils paient pour les biens de consommation. L'effet ultime d'une inflation du niveau des prix est un accroissement du salaire nominal, qui maintient un salaire réel — tel que perçu (correctement) par les employeurs et les travailleurs — compatible avec le taux naturel de chômage.

Friedman aurait pu prétendre, en liaison avec cette dynamique du marché du travail, que "l'importance des effets ultimes par rapport aux effets de premier tour est une question empirique." Sans aucun doute, des tests empiriques directs — si des données pouvaient être obtenues quant aux perceptions des taux salariaux — montreraient que les effets ultimes dominent. Mais Friedman n'écarte pas sa propre analyse par une question rhétorique concernant un test empirique. Au lieu de cela, il considère les effets de premier tour comme le début d'un processus de marché qui se déroule sur les marchés du travail, et voit dans le rétablissement du taux naturel de chômage l'effet ultime de ce même processus.

Il existe des preuves empiriques compatibles à la fois avec le traitement monétariste des marchés du travail et avec le traitement autrichien des marchés du crédit. Le caractère non durable d'une embellie résultant de l'inflation sur les marchés du travail et d'une embellie résultant du crédit sur les marché du capital est suggéré par un taux naturel de chômage et un taux naturel d'intérêt qui sont indépendants de la politique monétaire. Les données sur les taux d'inflation et les taux de chômage des dernières décennies doivent être expliquées par un processus au cours duquel l'expansion monétaire a eu un effet initial, bien que non persistant, sur les grandeurs réelles. Que le processus le plus important se déroule sur les marchés du travail ou sur les marchés du capital est une question de cohérence logique, de leur caractère plus ou moins plausible et de pertinence historique [8]. Et, bien entendu, la dynamique monétariste des marchés du travail comme la dynamique autrichienne des marchés du capital peuvent être considérées comme des analyses partielles et complémentaires du même processus de marché.

Cette comparaison entre monétarisme et théorie autrichienne dans le contexte de la dynamique d'une embellie non durable semble créer une alliance entre ces deux écoles contre le keynésianisme. La présentation alliée d'une embellie artificielle qui contient en germe sa propre destruction s'oppose à la présentation keynésienne d'une récession attribuable à une perte de confiance brutale et fondamentalement inexplicable de la part du monde des affaires. Mais cette alliance n'est que tactique. Toute théorie du cycle embellie-récession est incompatible avec le modèle d'arrachage de Friedman, qui suggère qu'il n'existe pas de tels cycles.

Le contexte d'origine dans lequel Friedman a offert sa théorie de la dynamique des marchés du travail consécutive à une inflation rend cette incompatibilité compréhensible. Friedman n'essayait pas d'identifier un processus de marché qui s'accorde soigneusement avec son propre monétarisme. Au lie de cela, il voulait démontrer les erreurs d'une croyance keynésienne politiquement populaire selon laquelle existerait un compromis entre inflation et chômage. Sur la base d'une étude empirique d'A.W. Phillips de la fin des années 1950, de nombreux keynésiens en vinrent à croire que la relation de variation inverse entre l'augmentation des salaires nominaux d'une part et le chômage d'autre part, constituait le menu des choix sociaux : les politiciens devaient reconnaître les préférences de l'électorat en plaçant l'économie dans les conditions correspondant à la combinaison préférée par l'électorat de inflation et du chômage.

Friedman voulait battre les optimisateurs keynésiens sur leur propre terrain. Rendant compte de la relation de variation inverse en termes de mauvaise perception des salaires, il fut capable de montrer que le prétendu compromis n'existait qu'à court terme et ne constituait donc pas une base saine pour établir un programme politique. Il n'y a pas de preuves, cependant, qu'il considérait cette dynamique des marchés du travail comme partie intégrante de sa propre macroéconomie, bien que certains monétaristes, en particulier Edmund P. Phelps (1970), et la plupart des auteurs de manuel l'aient pris pour telle [9]. Ni le keynésianisme, tel que représenté dans l'analyse IS-LM, ni le monétarisme, tel que représenté par le modèle d'arrachage de Friedman, ne reconnaissent le cycle embellie-dépression comme faisant partie de notre expérience macro-économique. La théorie autrichienne se différencie à cet égard de ces deux écoles. Et, en adoptant un cadre fondamentalement différent d'agrégation à un niveau plus faible, les autrichiens ont pu identifier la dynamique des marchés du capital, essentielle à la compréhension de tels cycles.

Résumé : le ligne de partage wicksellienne et le crible autrichien

Dans le grand mouvement de l'histoire de la pensée macro-économique, le thème wicksellien, qui explique qu'il peut y avoir un écart temporaire mais important entre le taux d'intérêt bancaire et le taux d'intérêt naturel, constitue une ligne de partage importante. Une bonne part de la macroéconomie du vingtième siècle peut être définie comme variantes de ce thème. On y rangera sans problème les successeurs de Wicksell en Suède : G. Cassel, E. Lindahl, B. Ohlin et G. Myrdal ; des théoriciens inspirés par Wicksell en Autriche : Mises et, après lui, Hayek ; des théoriciens britanniques travaillant dans la tradition de l'École de la circulation : R.G. Hawtrey, R.M. Robertson et, en prenant sa réplique chez les autrichiens, le jeune Robbins.

Hors de cette catégorie se trouvent les théoriciens qui nient, ignorent ou minimisent le thème wicksellien, et adoptent typiquement un niveau d'agrégation macro-économique trop élevé pour permettre à ce thème, ou à l'une de ses variantes, de se manifester. Pour illustrer ces théoriciens, on peut citer le nom d'Irving Fisher et, après lui, celui de Friedman. Même Patinkin, qui s'inspire fortement des idées de Wicksell sur la dynamique des ajustements du niveau des prix, appartient à ce groupe. Son niveau d'agrégation, qui combine les biens de consommation et les biens d'investissements en un seul agrégat appelé commodités, empêche dès le départ toute conséquence non triviale d'un écart entre le taux bancaire et le taux naturel.

Axel Leijonhufvud (1981 : p. 123) fonde sa propre interprétation de Keynes sur une division similaire des théoriciens. Wicksell et Ficher sont les sources de deux traditions séparées qu'il appelle "Théories de l'épargne-investissement" et "Théories quantitatives". Leijonhufvud fait de Keynes un wicksellien, mais élabore pour ce faire une nouvelle théorie comprenant des idées choisies de manière sélective dans le Traité et dans la Théorie générale. Cette interpolation entre les deux livres de Keynes est appelée la "théorie Z" (ibid. : pp. 164-169). S'inspirant du premier livre, elle permet un taux d'intérêt naturel dont le taux bancaire peut s'écarter, et, s'inspirant du second ouvrage, elle permet au déséquilibre qui en résulte de se résoudre par un ajustement des quantités plutôt que par un ajustement des prix.

La théorie keynésienne hybride de Leijonhufvud fait place au thème wicksellien et se situe confortablement dans la liste des théories de "l'épargne-investissement". Avec son exposé de la "théorie Z," Leijonhufvud s'est certainement positionné lui-même comme wicksellien [10]. Affirmer, toutefois, que Keynes lui-même l'était est faire oeuvre d'histoire contrefactuelle des doctrines. Dans son Traité, l'écart entre taux bancaire et taux naturel n'a pas d'effet significatif sur les relations entre épargne et investissement ; dans la Théorie générale, les perturbations significatives de la relation entre épargne et investissement ne sont pas attribuées à un écart entre les deux taux.

En proposant sa théorie Z pour justifier la candidature de Keynes au groupe wicksellien, Leijonhufvud admet implicitement que Keynes a en fait réussi à contourner les idées de Wicksell, d'abord d'un côté puis de l'autre. La division des théoriciens proposée dans le présent essai diffère de manière importante de celle de Leijonhufvud en ce que Keynes est transféré — sur la base de ce qu'il a effectivement écrit — de l'autre côté de la ligne de partage wicksellienne. Le niveau d'agrégation choisi par Keynes, ainsi que son choix de négliger la dynamique wicksellienne du marché du capital, le rapprochent fortement de Fischer, Friedman et Patinkin.

Le texte d'Hayek intitulé "Réflexions sur la théorie pure de la monnaie" ["Reflections on the Pure Theory of Money of Mr. J.M. Keynes"] aurait pu s'appeler "Keynes est-il un théoricien quantitatif ?" Presque un demi-siècle après sa critique du Traité, Hayek définissait de manière catégorique "l'économie de Keynes comme une branche de la vieille École de la théorie quantitative, désormais associée au nom de Milton Friedman" (Minard, 1979 : p. 49). Keynes, selon Hayek, "est un théoricien quantitatif, mais avec une tendance à agréger encore plus fortement, à être encore plus macro-économique ou plus collectiviste" (ibid.).

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La ligne de partage wicksellienne, telle que l'utilise Leijonhufvud, effectue une distinction du premier ordre entre différentes catégories de théories, et ce sur la base de leur objet d'étude. Dans l'une de ces catégories, l'objet d'étude est l'épargne et l'investissement, ainsi que le processus de marché au travers duquel ces grandeurs macro-économiques s'opposent les unes aux autres. Dans une autre catégorie, l'objet d'étude est la quantité de monnaie ainsi que le processus de marché au travers duquel les changements de l'offre et de la demande de monnaie affectent les autres grandeurs macro-économiques, réelles et nominales.

Une distinction alternative du premier ordre, plus en accord avec la critique de Keynes par Hayek, se fonde sur les niveaux retenus d'agrégation macro-économique. La notion de ligne de partage wicksellienne pourrait bien être remplacée par la notion de crible autrichien. Dans l'une des catégories de cet autre partage, le niveau d'agrégation est suffisamment bas pour permettre une analyse fructueuse du thème wicksellien. Dans l'autre catégorie, le niveau d'agrégation est tellement élevé qu'il interdit toute analyse de ce type. D'après leur niveau d'agrégation, dès lors, keynésiens et monétaristes ne passent pas au travers du crible autrichien. Telle est la signification de l'affirmation d'Hayek selon laquelle Keynes est un théoricien quantitatif et l'affirmation correspondante disant que Friedman est un keynésien.

Notes

[1] Cette interprétation de Keynes est presque universellement attribuée à Hicks, sur la base de son ancien article, et à Hansen, en raison de son exposé ultérieur. Waren Young (1987) explique que, sur la base d'articles présentés à la conférence d'Oxford en septembre 1936, il faut en attribuer la paternité à John Hicks, Roy Harrod et James Meade.

[2] Friedman reconnaît sa parenté avec Keynes en ce qui concerne leur approche fondamentale : "Je crois que la théorie de Keynes est le bon type de théorie par sa simplicité, le fait qu'elle se concentre sur quelques grandeurs clés et sa fécondité potentielle. J'ai été amené à la rejeter non pas sur ces bases, mais parce que j'estime qu'elle a été contredite par l'expérience" (Friedman, 1986 : p. 48). Allan H. Meltzer identifie comme suit le type de théoriciens que produit le type de théorie de Keynes : "Keynes était de ce type de théoricien qui développe sa théorie après avoir développé un sens de l'importance respective des diverses grandeurs, ainsi que de l'importance et de la fréquence des changements affectant ces grandeurs. Il se concentrait sur les grandeurs qui changeaient le plus, en supposant souvent que les autres restaient constantes pendant les périodes étudiées" (Meltzer [1968] 1988 : p. 18). Cette méthode n'est pas aussi digne d'éloges qu'il pourrait sembler. Si de faibles changements des marchés du crédit et du capital entraînent des modifications importantes, mais difficiles à percevoir, de la structure du capital, alors la méthode de Keynes — qui est aussi celle de Friedman — est trop grossière. Très certainement, le travail de l'économiste est d'identifier les processus du marché, même quand — ou plutôt surtout quand — les forces pertinentes du marché n'ont pas de conséquences directes ou immédiates sur un agrégat économique.

[3] Les relations macro-économiques autrichiennes sont précisées dans divers contextes par Ludwig von Mises ([1949] 1966), F.A. Hayek (1967a), Murray N. Rothbard ([1962] 1970, [1963] 1983), G.P. O'Driscoll (1977), Lionel Robbins (1934) et Roger W. Garrison (1989, 1986).

[4] L'aphorisme "plus forte sera l'embellie, plus forte sera la récession" doit être appliqué avec prudence. La théorie autrichienne relie la liquidation nécessaire, ou inévitable, à des mauvaises allocations induites par le crédit. Cela n'implique pas, comme semble le croire par exemple Gordon Tullock (1987), que toute la liquidation qui s'est effectivement produite pendant la Grande Dépression doit être expliquée par de mauvaises allocations dues à l'embellie précédente. Une grande part, si ce n'est la plupart, de la liquidation des années 1930 peut être attribuée, comme l'indique Rothbard ([1963] 1983), à des politiques macro-économiques et industrielles erronées et perverses, conduites par les gouvernements Hoover et Roosevelt.

[5] L'importance relative du chômage séculaire, comparée au chômage cyclique, est compatible avec l'interprétation que Meltzer donne de Keynes (Meltzer [1968] 1988 : pp. 196-201). Dans la plupart des manuels modernes, le chômage involontaire signifie un chômage cyclique. Selon Meltzer, qui est plus fidèle à la Théorie générale et aux idées longtemps défendues par Keynes sur les économies capitalistes, le chômage cyclique est une composante mineure du chômage involontaire (ibid. : p. 126).

[6] Bien qu'il n'y ait aucune référence explicite à Hayek ou à d'autres théoriciens autrichiens dans cet article, le modèle d'arrachage de Friedman a clairement pour but d'établir une base pour rejeter ce type de théories générales qui rendent compte du cycle embellie-récession.

[7] Les théoriciens autrichiens et les contemporains de Wicksell ont tous deux reconnus que l'équivalence entre le taux bancaire et le taux naturel n'est compatible avec un niveau des prix constant que dans le cas particulier d'une production constante. Dans le cas d'une croissance économique, alors le maintien de l'équilibre entre épargne et investissement fera pression à la baisse sur les prix et, réciproquement, le maintien d'un équilibre du niveau des prix conduira à un investissement dépassant l'épargne.

[8] Une étude de la cohérence logique, du caractère plus ou moins plausible et de la pertinence historique de ces deux perspectives de dynamique monétaire est entreprise dans Don Bellante et Roger Garrison (1988).

[9] L'analyse faite sur le modèle wicksellien par Friedman en ce qui concerne la dynamique du marché du travail entre en conflit direct avec la quatrième de ses propositions clés du monétarisme, selon laquelle "le taux modifié de croissance du revenu national [consécutif à une expansion monétaire] se montre typiquement d'abord dans la production et presque jamais dans les prix" (Friedman, 1970 : p. 23). Dans son analyse ultérieure de la courbe de Phillips, les augmentations de prix mal perçues précèdent les augmentations de la production., et en sont la cause. Pour une discussion détaillée de cette incohérence, voir Dan Birch et al. (1982) ; pour une tentative de réconciliation, voir Bellante et Garrison (1988 : pp. 220-221).

[10] Mais "Leijonhufvud le wicksellien" reste une énigme aux yeux des économistes autrichiens modernes. Dans sa présentation du thème wicksellien, Leijonhufvud a greffé la dynamique des marchés du crédit de Wicksell sur la théorie néoclassique du capital et a ajouté la note suivante : "Attention ! Ceci est présenté de manière anachronique avec les termes de la littérature bien plus tardive de la croissance néoclassique. Enlever la théorie du capital de Böhm-Bawerk de Wicksell semblera certainement blasphématoire à certains, mais je ne veux pas alourdir cet article en y ajoutant des complexités" (Leijonhufvud, 1981 : p. 156). Puis, dans son nouvel énoncé des arguments critiques, Leijonhufvud révèle son propre jugement sur les questions de théorie du capital : "Comme les autrichiens,... je voudrais attirer l'attention sur l'hétérogénéité des biens du capital et sur le caractère subjectif des anticipations de la demande par les entrepreneurs." Si Leijonhufvud avait attiré l'attention sur la théorie du capital au moment où l'on jouait le thème wicksellien, il aurait laissé Keynes dans les coulisses et suivi ce thème depuis Wicksell jusqu'à Hayek.

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