Vaclav Klaus:L'alarmisme écologiste est une menace pour la liberté

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Vaclav Klaus
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Vaclav Klaus:L'alarmisme écologiste est une menace pour la liberté
L'alarmisme écologiste est une menace pour la liberté


Anonyme


Discours prononcé le 4 mars 2008 à la Conférence internationale sur la changement climatique à New York

Voici quelques jours, j’ai prononcé un discours à Prague lors d’une rencontre officielle organisée en souvenir du 60e anniversaire du putsch communiste de 1948 dans l’ex-Tchécoslovaquie. L’un des arguments essentiels de mon discours, repris dans les principaux journaux du pays, était le suivant : les dangers du futur n’auront pas les mêmes formes. L’idéologie d’inspiration sera différente. La source, néanmoins, sera la même : l’idée délétère selon laquelle l’individu doit être sacrifié au bien commun, et la certitude inébranlable qu’ont ceux qui portent cette idée qu’ils ont le droit de nier la liberté humaine pour remodeler la réalité à leur guise. Ce à quoi je pensais, au moment où je parlais, était, bien sûr, l’écologisme, et l’alarmisme climatique qui en découle.

En tant qu’économiste, je dois commencer par souligner l’évidence. Les émissions de dioxyde de carbone ne tombent pas du ciel. Leur volume (ECO2) est une fonction du produit intérieur brut par tête (dimension de l’activité économique, DAE), du nombre d’habitants (HA). et de l’intensité d’émission (IE), l’ensemble se trouvant énoncé comme la quantité de CO2 émise par dollar de PIB. Cela peut se résumer par une relation simple : ECO2= IE x DAEx HA. Ce que cette relation nous dit est clair : si nous voulons diminuer ECO2, nous devons ou bien arrêter la croissance économique, et donc bloquer la hausse du niveau de vie, ou bien stopper la croissance de la population, ou bien faire des miracles dans le secteur de l’intensité d’émission.

Je crains qu’il y ait des gens qui veuillent briser la croissance économique, la hausse générale des niveaux de vie (sauf le leur), et l’aptitude des hommes à utiliser la richesse croissante, les sciences et les technologies pour résoudre les problèmes pressants qui se posent à l’humanité, tout spécialement dans les pays en voie de développement. Cette ambition va contre l’expérience humaine passée, qui a toujours été porteuse d’une forte volonté d’améliorer la condition humaine. Il n’y a pas de raison d’interrompre cette quête, surtout s’il s’agit de se baser sur des données scientifiques défectueuses et incomplètes. Les besoins humains sont illimités et le resteront. L’ascétisme est une attitude humaine respectable. Mais qui ne devrait pas être imposée aux autres par la force.

Je crains aussi que des gens emprisonnés dans leurs préjugés malthusiens et leurs ambitions mégalomaniaques ne veuillent limiter coercitivement la croissance démographique ce qui est quelque chose que seuls les régimes totalitaires ont osé envisager jusqu’à présent. Si nous ne résistons pas, nous nous retrouverons rapidement sur la route glissante de la servitude. La liberté d’avoir des enfants sans autorisation ni contrôle est un droit humain fondamental.

Il y a, parmi les alarmistes du réchauffement global, des gens qui refuseraient de se voir inclus dans les catégories que je viens de décrire, mais qui demandent une décrue globale des émissions de dioxyde de carbone, objectif qui ne peut être atteint que par une baisse drastique des intensités d’émissions.

Quand bien même nous, adeptes du marché, croyons probablement davantage au progrès technique que nos opposants, nous devons dire que nous savons que des révolutions dans l’efficacité économique (et l’intensité des émissions en fait partie) aussi amples que celles qu’on semble nous proposer n’ont jamais été réalisées dans le passé et ne le seront pas davantage dans le futur. Attendre une révolution de ce genre n’est tout simplement pas sérieux.

J’ai récemment examiné l’évolution des émissions de CO2 en Europe pour la période 1990-2005, l’ère du protocole de Kyoto. Il n’est nul besoin de modèles informatiques complexes pour distinguer trois types de pays.

Dans les pays les moins développés, la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne qui, pendant ces années, ont essayé de rattraper le niveau économique des pays les plus développés d’Europe, la croissance forte y a conduit à un accroissement des émissions de CO2 de 53%. Dans les pays post communistes, qui ont connu une restructuration économique radicale et la disparition des industries lourdes, les émissions ont baissé, fortement, de 32%. Dans les pays de l’Union européenne à croissance faible ou stagnante (on peut laisser de côté l’Allemagne où il faut prendre en compte l’impact du fait que l’Allemagne de l’Est a, économiquement, quasiment disparu au cours de la période), les émissions de CO2 se sont accrues de 4%.

Les différences entre les trois chiffres sont fascinantes. Les dirigeants européens n’en rêvent pas moins de réduire les émissions de CO2 de toute l’Europe au cours des 13 prochaines années, aux fins de les reconduire à un niveau inférieur de 30% par rapport au niveau de 1990.

Qu’en déduire? Ces dirigeants pensent-ils que tous les pays d’Europe vont connaître un choc économique semblable à celui subi par l’Europe centrale après la chute du communisme ? Pensent-ils que les pays d’Europe les moins développés vont arrêter leur course au développement ? Pensent-ils organiser une diminution radicale du nombre d’habitants en Europe ? Ou s’attendent-ils à une révolution technologique d’une ampleur inouïe ?

Ce que je vois en Europe, aux Etats-Unis et dans d’autres pays est un mélange préoccupant d’irresponsabilité et de vœux pieux, auquel s’ajoute la croyance en la possibilité de changer la nature économique des choses par le biais d’un processus radical.

Cela me reconduit à la politique. Dès lors que j’ai connu personnellement la planification centrale communiste de toutes sortes d’activités, je me sens obligé de rappeler les arguments presque oubliés du fameux débat plan contre marché qui a marqué la pensée économique des années 1930 (Mises et Hayek étaient d’un côté de l’équation, et Lange et Lerner de l’autre), les arguments mêmes que nous avons utilisé jusqu’à la chute du communisme. La façon dont les alarmistes du climat et leurs compagnons de route dans la politique et dans les médias présentent et justifient leur volonté de remodeler la société appartient à la même présomption fatale que le communisme ou le planisme. A mon grand désespoir, ce n’est pas dit suffisamment.

Les alarmistes du climat croient en leur propre omnipotence. Ils se disent qu’ils savent mieux que des millions d’êtres humains se conduisant rationnellement ce qui est bien ou mal, et ils ne doutent pas de leur propre aptitude à assembler toutes les données requise dans le Bureau central de la réglementation climatique en utilisant de gros ordinateurs, et à donner depuis là des instructions adéquates à des millions d’individus et d’institutions.

Il nous faut reprendre les discussions là où elles doivent l’être : au niveau de ce que doit être la nature même du gouvernement et de la relation entre l’individu et la société. Nous avons besoin, de toute urgence, de tirer pleinement les leçons de l’effondrement du communisme voici dix-huit ans. Il ne s’agit pas de climat. Il s’agit de liberté.